L’Allemagne croit en la mission anti-piraterie de l’UE

(BRUXELLES2) Le Bundestag (la chambre des députés allemande) débattait hier (23 novembre) à Berlin de la prolongation d’un an de la participation allemande à l’opération anti-piraterie de l’UE (Eunavfor Atalanta). Une prolongation nécessaire car elle est un succès selon le secrétaire d’État parlementaire Thomas Kossendey : « Depuis que l’opération a commencé, en décembre 2008, tous les envois d’aide par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont pu être faits en toute sécurité jusqu’à leur destination. »

Gros contributeur

Ces derniers mois, avec l’Espagne, l’Allemagne était – avec l’Espagne – le plus grand contributeur de troupes pour Atalanta, avec plus de 550 militaires allemands engagés et jusqu’à 2 frégates et un avion de patrouille maritime, sans oublier un commandement sur zone, précise le Ministre (qui ne mentionne pas la France dans cette liste et, pour cause, la France avait concentré ses moyens maritimes ailleurs… en Libye).

La Bundeswehr continuera de contribuer durant l’année 2012 avec une frégate, un avion de patrouille maritime (à partir de 2012) et un groupe de combat, a confirmé le ministère de la Défense allemand.  Le projet de prolongation prévoit (comme le projet initial) la possibilité d’engager jusqu’à 1400 hommes et femmes pour protéger les approvisionnements de secours pour la région et préserver les routes commerciales d’attaques.

Un engagement qui ne répond pas uniquement à des préoccupations humanitaires, c’est l’intérêt pour l’Allemagne en tant que puissance maritime. Sur les 25000 à 30000 navires qui traversent, chaque année, l’Océan indien, environ 3000 sont sous pavillon allemand.

Gardes privés, équipes embarquées et libérations à la chaine 

Le débat au Bundestag s’est fait sur le renforcement des mesures de sécurité tant pour protéger les navires marchands que pour lutter contre les pirates de façon plus efficace.

Sur la mise en place de services de sécurité privés, le secrétaire d’Etat a renvoyé la question sur ses homologues des Transports et de l’Intérieur, chargés « de clarifier le cadre juridique dans lequel ces services pourront être accomplis ». Et pour la présence de soldats allemands sur les navires, il avertit, ce n’est « pas possible si les navires ne naviguent pas sous pavillon allemand. Le droit international nous l’interdit. Nous avons besoin d’accord avec les États du pavillon. Ce qui n’est pas exactement facile ».

L’objectif premier d’Atalanta
n’est pas la chasse aux pirates

Le ministre a aussi répondu aux critiques, nombreuses en Allemagne, reprochant aux soldats de renvoyer les pirates appréhendés vers la Somalie. « Laissez-moi vous dire deux choses. Premièrement: l’objectif principal de l’Atalanta n’est pas la chasse aux pirates. Qui lit le mandat sait que c’est ainsi. (Deuxièmement) Nous avons changé les règles d’engagement. Nous pouvons intervenir de manière plus intensive. Mais quand il n’ya pas de plainte, ou de demandeur, nous ne trouverons aucun juge. Par conséquent, il n’est pas rare de devoir, sous la loi internationale, ramener (libérer) ceux qui ont été pris en flagrant délit. Nous n’avons pas un tribunal international compétent sur ces crimes. » (*)

(*) traduction maison, en espérant avoir été exact 🙂

Télécharger le texte de Kossendey (en allemand) : docs de B2

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).