Et si l’Europe de la défense avait un avenir…

(BRUXELLES2) Le texte tombe à pic, intitulé “Une relance de la politique européenne de sécurité et de défense est possible”, il est publié dans le Monde d’aujourd’hui (daté du 23 novembre) et est signé (à titre personnel) d’Eric Peters (*), qui appartient au Bepa, le “think tank” du président de la Commission européenne. Et il mérite qu’on s’y attarde. Eric Peters ne masque pas la réalité d’aujourd’hui : « ce qui marche ce sont les coalitions de ” volontaires “ », « Aucune nouvelle opération militaire ni mission de police n’a été lancée depuis plus de deux ans, malgré les acquis du traité de Lisbonne (et malgré)  les crises qui (ne) manquent (pas) », le tout sur fond de « manque d’unité politique, (…) de démilitarisation et de volonté de jouer cavalier seul ».

Mais il ne cache pas aujourd’hui que cet agenda pourrait changer à la fois car les agendas de certains Etats et le contexte international est porteur mais aussi car la nécessité économique est là, notamment en matière industrielle. L’Europe ne doit pas oublier d’utiliser son « arc » de réponses diplomatiques, la force…

Trois pays avec un agenda convergent ?

« Le Royaume-Uni a besoin de développer un agenda européen plus positif pour contrebalancer ses demandes de désengagement dans le domaine social. Il pourrait choisir d’adopter une attitude plus entreprenante en matière de sécurité commune et de relations extérieures. Marquée par l’opération libyenne, l’Allemagne ne pourra échapper à un rôle stratégique à la mesure de sa stature de géant économique, et qui s’inscrira dans l’UE. La France doit, quant à elle, clarifier les ambiguïtés d’une position en faveur d’une PSDC ambitieuse, mais aussi séduite par la dynamique des coopérations bilatérales et par le retour au sein du commandement de l’OTAN. »

Un contexte multilatéral porteur coté européen, comme coté américain

« De leur côté, les institutions européennes se mobilisent et sont attentives à l’érosion possible de la crédibilité de l’UE sur la scène internationale, comme l’a rappelé le président de la Commission dans son discours à Berlin le 9 novembre. Enfin, les Etats-Unis se font de plus en plus pressants, car ils veulent partager le fardeau financier des dépenses de sécurité et attendent de l’Europe qu’elle prenne ses responsabilités, comme l’ont rappelé récemment Robert Gates et Léon Panetta, les deux derniers secrétaires américains à la défense. »

Le chemin à suivre : l’intégration

« Une intégration accrue est nécessaire si l’on veut tirer les leçons du passé. Les axes d’action possibles ne manquent pas mais sans une communautarisation de la PSDC, une ” européanisation ” de la mise en commun des moyens militaires et l’élaboration d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité et de défense, il sera difficile de faire un réel saut qualitatif. »

Politique industrielle

Une politique industrielle est également nécessaire « L’industrie européenne de défense pèse 93 milliards d’euros, 30 % de la production mondiale et près de 400 000 emplois. Mais elle souffre des restrictions budgétaires – les dépenses militaires de l’UE sont passées de 3 à moins de 1,7 % du PIB en trente ans. » La task-force mise en place à la Commission européenne va permettre « à la Commission de mobiliser tous les instruments de sa boîte à outils politique industrielle, marché unique, financement de technologie et d’innovation, et d’alimenter le dialogue et la coopération avec l’Agence européenne de défense, autre acteur-clé dans ce domaine. »

La force fait partie de l’arc diplomatique de l’UE

L’Europe ne doit pas oublier d’utiliser toutes les cordes de son arc, précise en conclusion Eric Peters. « Rien de durable ne pourra être effectué sans un renouvellement du discours politique sur la nécessité pour l’Europe d’utiliser toutes les cordes à son arc diplomatique, y compris la force. Dans un monde globalisé dans lequel chaque acteur défend ses intérêts et ses valeurs bec et ongles, il ne faut pas être naïf. Il s’agit de la capacité de l’Europe de défendre la sécurité et la prospérité de ses citoyens. »

 

Eric Peters (crédit : Commission européenne)

(*) Diplômé de l’Ecole normale supérieure (ENS Lyon) et de l’Ecole nationale du génie rurale, des eaux et des forêts, Eric Peters a d’abord exercé à l’ONF en France, en Martique (1996-2001) avant de travailler à la Commission européenne à la DG Commerce (2001-2005). Conseiller au cabinet de Christine Lagarde, alors ministre du Commerce, conseiller diplomatique quand celle-ci prend le portefeuille de l’Agriculture puis de l’Economie et des Finances, il repart à la Commission européenne au cabinet de Mandelson en décembre 2007 comme chef de cabinet adjoint. Il reste à ce poste quand Mandelson sera remplacé par la Baroness Ashton et rejoint le BEPA en 2011, après un passage à la représentation permanente comme conseiller sur les questions stratégiques.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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