Attention ! On démilitarise

(crédit : Nageco)

(BRUXELLES2) Comment stopper la démilitarisation de l’Europe, c’est le sens de cette note du think tank européen EFCR, rédigé par Nick Whitney, bien connu de blog. Il a été le directeur de l’agence européenne de défense après avoir officié au Foreign office et au ministère de la Défense britannique où il était en charge, justement du département OTAN et UE. Prenant appui sur les derniers mots de Robert Gates avant son départ, mettant en garde les Européens, il prône la mise en place d’une « Europe Defense Review » pour renouveler leur vision stratégique pour le 21e siècle avant qu’il ne soient trop tard.

Le coupe-coupe financier

Le coupe-coupe financier est en effet à l’oeuvre dans plusieurs pays mais de façon très variable. La Lettonie ou la Bulgarie voient leur budget fondre de plus d’un quart tandis que la Pologne ou la Suède continuent d’avoir un budget croissant (légèrement). Mais les Européens continuent de dépenser plus que la Russie et la Chine combinées. Seulement personne n’a peur de l’Europe… Paradoxalement la mise en place d’un chef pour la politique étrangère et d’un service diplomatique a paradoxalement été accompagné d’un quasi-arrêt (near collapse) des efforts européens pour forger une politique de défense et de sécurité commune. Une PSDC « missing en action » durant la crise libyenne.

L’autisme règne

« Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tant les coupures budgétaires que la manière dont elle sont faites » constate Nick. C’est-à-dire : « sans aucune tentative de consultation ou de coordination au sein de l’OTAN comme de l’UE et sans un regard vers la capacité de défense génère qui pourrait résulter de la somme de ces décisions nationales ». « Un tel autisme suggère un manque profond d’analyse du contexte stratégique plus large et rappelle combien les dépenses de défense des Européens sont un gâchis entre les duplications non nécessaires ou la poursuite d’objectif qui n’ont que peu à voir avec l’équipement et l’efficacité des forces armées (comme la politique régionale ou d’emploi, les politiques industrielles… ). »

Expliquer les motivations des Européens

Mais l’intérêt de cette note me semble être ailleurs. Nick Whitney s’attache tout d’abord à expliquer : pourquoi les Européens en sont arrivés là ; pourquoi l’engagement militaire est toujours nécessaire. Sa note est donc importante tant pour les Européens que pour les Américains qui ont parfois du mal à comprendre notre continent. Il cerne ainsi un certain pacifisme ambiant, le non-résultat des interventions en Afghanistan. Mais met surtout l’accent sur un point : l’Européen ne ressent pas de menace militaire. « Il comprend le besoin d’une police de l’air ou de la mer. Il admire ses forces spéciales. Il veut que son gouvernement ait la capacité d’extraire quelques citoyens au large d’une plage dans un conflit civil en Afrique. (…) Mais le contribuable européen n’est simplement pas préparé à accepter pour préserver un certain noyau de capacités à dépenser environ 31% des dépenses US ou garder 1,6 millions personnes sous l’uniforme ».

Un manque d’appétit interventionniste

Le manque d’appétit pour l’interventionnisme est indéniable. Il est étayé par certains exemples passés. L’intervention de l’Irak sans soutien onusien n’est pas un parfait exemple. Quant à l’intervention en Afghanistan, elle ne paraît pas avoir donné les résultats espérés, du moins dans l’opinion publique. « quatre Européens contre un seulement estiment que l’intervention en Afghanistan a rendu leur pays plus vulnérable au terrorisme et une claire majorité veut retirer ses troupes ».  « Si beaucoup ont estimé que c’était « une réponse nécessaire au 11 septembre », sa prolongation « métastasique en un futile exercice de nation-building qui dure depuis 8 ans a « démontré au moins pour l’Afghanistan que ce n’était pas faisable ». 

A télécharger ici, ou dans les : docs de B2

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).