Afghanistan : on dépense sans compter

(BRUXELLES2) C’est un rapport critique que devrait adopter prochainement le Parlement européen sur les dépenses en Afghanistan. Rédigé par le député allemand, Jens Geier (Sociaux et Démocrates), un projet de rapport a été adopté par la commission du contrôle budgétaire jeudi (10 novembre). Ce n’est pas la première fois que le Parlement européen est critique sur l’action européenne en Afghanistan. On se souvient que l’Italien Pino Arlacchi (du même parti des Sociaux et Démocrates) avait produit un rapport, très acéré, pronant une “Nouvelle stratégie en Afghanistan”. Que dit-il ? « Les mesures actuelles pour gérer les fonds de l’UE en Afghanistan sont inappropriées. » Mais si « certaines conditions préalables étaient respectées », ce serait mieux.

L’Afghanistan = 2 milliards d’euros depuis 2002

L’aide versée à l’Afghanistan par l’Union européenne n’est, en effet, pas négligeable. Le pays fait même partie des principaux bénéficiaires de l’aide civile au titre du budget européen : plus de 2 milliards d’euros ont ainsi été engagés et plus de 1,8 milliard d’euros déjà versés depuis 2002 au titre de l’aide au développement et d’aide humanitaire. Le problème est que ces fonds sont, dans une large mesure, acheminés par des organisations des Nations unies. Or, celles-ci jusqu’à peu étaient plutôt réticentes à la communication.

Peu de contrôle, peu d’audit, ou alors peu accessible

Ce n’est que récemment que quelques agences de l’ONU ont décidé d’octroyer l’accès de ces rapports d’audit interne aux institutions de l’Union européenne, mais seulement dans les locaux des agences. « ce qui complique toute tentative de les utiliser correctement », souligne le rapporteur Jens Geier (socio-démocrate allemand).

La commission parlementaire s’est montrée particulièrement préoccupée par l’absence d’indépendance du bureau afghan de contrôle et d’audit, qui est étroitement lié à l’administration afghane, ce qui entrave sérieusement l’octroi d’une aide budgétaire directe. “Le gouvernement américain a appris ses leçons à ses dépens. Aujourd’hui, après avoir mis en place des systèmes de gestion et de contrôle dans certains ministères afghans, l’aide budgétaire directe commence à porter ses fruits”, a déclaré le rapporteur. Pourquoi pas l’Europe, pourrait-on dire.

Des conditions sévères requises

La commission parlementaire appelle la Commission européenne à fixer des conditions rigoureuses et clairement définies ainsi que des objectifs clairs et mesurables, pour le versement de l’appui budgétaire. « Un soutien budgétaire direct permettrait au gouvernement de la République islamique d’Afghanistan de se doter des capacités à long terme dont il a besoin d’urgence », plaide le rapporteur.

Quant à aller vérifier sur place comment l’argent est dépensé, c’est une illusion… On doit donc croire sur parole que tout a été bien dépensé. Ce qui est tout le dilemme de l’engagement international en Afghanistan : continuer de donner pour soutenir le pouvoir, quitte à avoir une déperdition (plus ou moins importante), aller vérifier sur place (au risque de la vie) ou cesser les financements.

(*) ce rapport devrait être débattu et voté à la session plénière en décembre

Télécharger le projet de rapport dans les docs de B2

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).