Les réseaux des pirates

(BRUXELLES2) Le dernier rapport des experts de l’ONU sur la piraterie maritime au large de la Somalie est intéressant car il donne quelques précisions sur les nouvelles tactiques utilisées par les pirates et clarifie certaines idées (vraies ou fausses).

Un réseau « erratique » de renseignements

Le rapport tord le coup à une information qui avait circulé parfois : l’existence de réseaux sophistiqués et étendus de renseignement alimentant les pirates en informations sur les bateaux à prendre. Les « cibles et tactiques utilisées suggèrent autre chose. Les groupes d’attaques pirates se positionnent sur les lignes maritimes les plus utilisées à la recherche de cibles, qu’ils choisissent apparemment au hasard. » En témoigne, selon le rapport de l’ONU, le nombre d’attaques pirates contre des navires militaires. Les capacités de renseignement sont donc « au mieux erratiques » (NB : plutôt que de réseaux de renseignements, on peut cependant s’interroger sur l’existence d’informateurs dans quelques ports à Djibouti, au Kenya, au Yemen, qui peuvent éventuellement signaler des proies possibles).

Des navires marchands utilisés comme bateaux mères

La présence de forces multinationales dans le Golfe d’Aden – dans le couloir international de transit – a entraîné une chute de la piraterie dans cette zone, c’est un fait acquis (environ 50% de chute) mais également une propagation dans les autres zones, à l’Est vers l’Inde, au Sud vers la Tanzanie. Les pirates ont adapté leurs tactiques utilisant des bateaux mères plus puissants, voire des navires marchands « réquisitionnés » pour l’occasion. Ils les ont utilisés d’abord comme comme base logistique (à partir de février 2010, par exemple avec le Samho Dream), puis directement comme navire d’attaque (à partir de novembre 2010). Cela a été le cas, par exemple, avec la capture du EMS River le 27 décembre, effectuée grâce au MV Motivator. Depuis on a pu dénombré au moins 19 navires marchands utilisés comme bateaux mères et au moins 16 incidents – « sans doute plus » – où un bateau mère a été utilisé directement pour attaquer

Les relations avec les Al Shabaab

Il y a des relations de voisinage avec les islamistes d’Al Shabaab mais pas de connexions avérées. Dans son rapport publié en octobre, le secrétaire général de l’ONU s’inquiète ainsi de « nouvelles faisant état de l’établissement de liens entre Al- Chabab et les groupes de pirates ». « L’intensification des mesures de répression par les autorités de certaines régions somaliennes a permis de repousser les nids de pirates plus loin vers le sud, dans des secteurs qui coïncident avec la zone d’influence d’Al-Chabab ». Il mentionne aussi  plusieurs cas « d’enfants qui se sont échappés d’Al-Chabab et se sont joints aux groupes de pirates dans le Puntland ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

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