OHQ européen : la France jette le gant ?

(BRUXELLES2) Entre le quai d’Orsay et l’Elysée, on ne peut pas dire qu’il y ait une même longueur d’onde sur les questions européennes. Tandis qu’Alain Juppé défend une meilleure coordination européenne, au « Chateau », Nicolas Sarkozy et son équipe préfèrent miser sur les coopérations bilatérales, entre Etats, entre « gens responsables ». Il en est particulièrement de la politique de défense et de la coopération franco-britannique. Avant le sommet franco-britannique de décembre à Paris, il s’agit donc d’éliminer tous les sujets qui fâchent – il y en a quelques uns ! – pour se concentrer sur les quelques difficultés.

La coopération industrielle franco-britannique patauge encore comme en témoigne Gérard Longuet, le ministre de la Défense lors d’une audition à l’assemblée nationale, ainsi que l’a remarqué mon collègue de Secret défense. « Il faut inciter les Britanniques à partager notre conception de la politique industrielle. » Concernant le projet de drone Male « Nous devons les convaincre que, dans notre conception du long terme, nous voulons avoir des fournisseurs européens en partant de ceux qui sont aujourd’hui les plus impliqués, ce qui nous garantirait avec sécurité la continuité de l’évolution du dispositif. Au contraire, un appel d’offres mondial pourrait nous conduire à sélectionner des fournisseurs performants sur l’instant et absents au rendez-vous en période d’évolution des fournitures ou de réparation. »

La question du quartier général européen est ainsi une question qui pourrait troubler cette fameuse « entente cordiale ». Et les diplomates ont reçu instruction de faire mezzo vocce sur cette revendication traditionnelle française, au moins pour les mois à venir. Une désertion en rase campagne des Français qui laissent ainsi les pays latins et Allemands porter, seuls, cette revendication.

On ne dira jamais assez comment cette discussion de l’OHQ, évoquer aujourd’hui la question d’un quartier général d’opération militaire de l’UE, en pleine crise budgétaire et tangage généralisé européen, revient à agiter un chiffon rouge devant les Britanniques (qui n’en ont pas vraiment besoin). Agitation plutôt inutile si la Haute représentante, Catherine Ashton, avait décidé une mesure de réorganisation interne dans ses structures de gestion de crises, pour permettre la mise en place, au moins sur le principe, de cet Etat-Major civilo-militaire de gestion de crises que tout le monde attend et qui est primordial si l’Union européenne veut tenir son rang au plan mondial. Elle a le pouvoir, juridique, et la légitimité, politique. Et elle aurait été soutenue par tous les pays (sauf le sien). Encore fallait-il pour cela, avoir un peu d’ambition, un peu d’audace et un peu de courage…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).