Liam Fox prend la porte, victime d’un de ses proches

(BRUXELLES2) Le ministre de la Défense britannique, Liam Fox, aura résisté plusieurs jours à la tourmente. Mais David Cameron, le Premier ministre, s’est décidé à le lâcher devant l’ampleur du scandale en puissance. Cet Atlantiste, proche des néoconservateurs américains, eurosceptique, a dû présenté sa démission le 14 octobre, emporté par l’affairisme d’un de ses proches, Adam Werrity qui jouait un rôle plutôt trouble, à mi-chemin entre l’espionnage, les affaires et une diplomatie occulte.

Liam Fox en premier plan. A l'arrière à gauche Werrity et Jesme Fox (la femme du ministre) (crédit / Telegraph)

Le conseiller occulte du ministre

Très proche de Liam Fox – il était son témoin à son mariage et son colocataire -, Werrity a utilisé ses contacts pour poursuivre des intérêts commerciaux dans plusieurs pays africains, au Sud-Soudan également ou en Irak. On ne sait cependant pas dans quelle mesure le ministre était au courant de tout ou seulement d’une partie de ses agissements. Aux personnes, Werrity se présentait comme conseiller du ministre. Et tout pouvait l’accréditer. Il avait rencontré Liam Fox à 22 reprises au ministère et l’avait suivi dans 18 voyages à l’étranger, selon une enquête préliminaire du ministère britannique de la Défense. Il était présent ainsi à des discussions avec l’ambassadeur israélien, un diner avec le nouveau commandant Us en Afghanistan et une réunion avec les fournisseurs de défense à Dubai. Il avait eu des discussions avec les représentants du nouveau gouvernement libyen. A ses interlocuteurs, il laissait une carte de viste du ministère. Même le Mossad s’y est laissé prendre, pensant qu’il était le chef des services de Liam Fox tant ils avait été séduit par l’entregent du jeune homme prompt à organiser un dîner avec plusieurs personnalités.

Une politique étrangère en marge de l’officiel

Le gouvernement Cameron fait actuellement tout pour minimiser l’affaire et veut couper court à toute idée que l’homme menait une politique étrangère officieuse. Mais selon The Independant, l’homme au centre du scandale est impliqué dans un « complot audacieux visant à renverser du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Il s’est rendu en Iran à plusieurs reprises et a rencontré des groupes d’opposition iraniens à Washington et à Londres au cours des dernières années. » Il avait d’ailleurs été débriefé par le Mi6 après ses voyages – et ses informations étaient appréciées du Mossad, le service de renseignement israélien.

Une plainte pour fraude a été déposée à la police de Londres. Et plusieurs industriels qui ont financé Pargav un think tank officiellement consacré aux questions de sécurité – et qui payait en fait les déplacements de Werrity – ou le think-tank Atlantic Bridge, chargé de consolider les liens entre le Royaume-Uni et les USA, commencent à causer.

Le nouveau ministre de la Défense britannique

Le ministre de la défense britannique sera tenu par un novice en la matière. Il s’agit de Philip Hammond, jusqu’à là en charge des Transports. Elu en 1997 à la Chambre, il n’a pas vraiment été intéressé par les affaires de défense. Porte-parole de l’opposition pour les services sociaux et de santé de 1998 à 2001 pour l’industrie et le commerce de 2001 à 2002, il a été shadow ministre des collectivités locales de 2002 à 2005, shadow secrétaire d’Etat aux Travail et aux pensions de 2005 à 2007 puis shadow secrétaire au Trésor jusqu’en 2010

Démissions en série en Europe

Décidément, ministre de la Défense est un poste plutôt exposé. On assiste ainsi à une véritable épidémie de démissions parmi les ministres en poste dans l’UE pour des raisons très différentes. Ces derniers mois, on a assisté aux départs de l’Allemand Zu Gutenberg pour cause de plagiat de thèse, le Polonais Klich payant l’accident aérien de Smolensk, le Chypriote Costas Papacostas après l’explosion d’un dépôt de munitions. En 2008, le Slovaque Frantisek Kasicky avait démissionné après le scandale de la vente de casernes à un prix discutable. Et en 2006, le Roumain Teodor Atanasiu avait quitté son pose après la révélation de l’utilisation des services de renseignement pour espionner l’administration présidentielle.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).