Les sous-marins grecs : 3 milliards d’€ évaporés… pas pour tout le monde

(BRUXELLES2) Parmi les gaspillages de l’argent grec, il y a celui de la folle course aux armements engagée entre la Grèce et la Turquie dans un « conflit gelé » qui n’est toujours pas résolu. Un conflit qui paraît bien abscons aujourd’hui alors que les deux pays sont membres de la même alliance militaire. Mais apparemment ce gaspillage n’émeut pas grand monde, et en particulier les Allemands pourtant si à cheval sur l’usage des fonds publics et peu avares de donner des leçons aux Grecs. L’Allemagne n’a pas peu contribué ainsi à creuser le déficit. Le seul coût d’acquisition de six sous-marins type 214 par la marine grecque, commande passée à l’industrie allemande, a coûté 3 milliards d’euros au budget grec. « 3 milliards € au fond de la mer», dénonce Christos Kirtsos l’éditeur du quotidien grec gratuit Citypress dans un de ses derniers billets (lire ici, en grec).

Une Allemagne bénéficiaire de l’argent grec

Estimant la commande urgente, le gouvernement de l’époque (Kostas Simitis comme Premier ministre et Aposotolos Tsohadzopoulos comme ministre de la défense) a, en effet, payé à l’avance 75% du coût global. « Ainsi, l’Etat grec a payé, il y a dix ans 1,5 milliards d’€, alors qu’on n’a toujours pas réceptionné les sous-marins allemands »  explique Kirtsos. La commande devait être assurée par les chantiers grecs Scaramanga et les chantiers allemands TKMS. « En réalité, les deux tiers du chiffre d’affaires créé par l’acquisition de ces sous-marins ont été récupérés par les chantiers navals allemands » explique-t-il.

Le cercle vicieux

Mieux les Allemands jouent des deux cotés puisqu’ils n’ont pas hésité à vendre à la Turquie six sous-marins allemands du même type (214), qui doivent être livrés d’ici à 2015. Et l’éditorialiste de conclure « Un cercle vicieux est ainsi conservé, une course aux armements absolument dénuée de sens, notamment en ce qui concerne la Grèce. L’Etat grec profondément endetté a assumé des charges énormes, au profit de l’industrie de guerre allemande, sans même avoir obtenu la compréhension politique de Berlin sur des questions qui l’intéressent beaucoup. »

(*) Un sous marin qui plonge de travers

La marine grecque a commandé 4 sous-marins (ferme) dans les années 2000. Le premier sous-marin, le Papanikolis, fabriqué dans les chantiers navals allemands, s’est révélé impropre à l’usage et a été refusé par la commission d’agrément grecque. Une série de problèmes avait été identifié (vibration du périscope, fuites d’eau de mer dans le système hydraulique, etc.) qui ont pu être résolus au bout de quelques années. Mais le plus grave consistait en des problèmes de roulis et stabilité par mauvais temps (le gite peut atteindre 46° lors d’essais). Les autres sous-marins fabriqués dans les ateliers grecs doivent encore être agréés. Non payé, TKMS a préféré suspendre le contrat en mars 2009 mais finalement un accord amiable a été trouvé en 2010 entre l’industriel allemand et le gouvernement grec consistant. Le sous-marin qui plonge « de travers » est à vendre. Les trois suivants devraient être incorporés dans la marine grecque à partir de 2012. Et deux autres nouveaux sous-marins ont été commandés (au lieu d’une remise à niveau d’anciens modèles).

Lire également :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Les sous-marins grecs : 3 milliards d’€ évaporés… pas pour tout le monde

  • 8 septembre 2011 à 20:12
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    Bonsoir,

    Cette affaire a été régulièrement suivi sur le Portail des sous-marins. Les publications relayées par ce portail évoquaient plutôt un défaut de paiement des grecs dans ce contrat. L’Allemagne a construit des U-212 pour sa Marine, aucune difficulté. L’Italie a également construit des U-212, aucune difficulté. La Corée du Sud et Israël construiront (Séoul) et recevront (Tel Aviv) des U-214 (version agrandie du U-212) sans aucune difficulté. Il n’a jamais été clairement dit dans la presse que ces « défauts » du U-214 Papanikolis étaient si énormes. Cependant, il a souvent été dit qu’ils avaient été réglés ! De plus, c’est la Marine grecque qui a refusé de réceptionner ce sous-marin… tout en commandant de supplémentaires à travers divers règlements politico-financiers ! Toujours du même modèle !

    La question est assez compliquée puisqu’un contrat de modernisation des… U-209 grecs (de construction allemande, même entreprise) était également en jeux.

    Aux dernières nouvelles, avant la crise de 2007-2008, il était question d’abandonner la modernisation des U-209 grecs, que la marine grecque ne réceptionne pas le Papanikolis qui serait revendu à une marine tierce et le « solde » de sous-marins nécessaires pour Athènes serait constitué par de nouvelles livraisons de U-214.

    Loin de moi l’idée de défendre les allemands, et je remercie le journaliste-administrateur de ce blog de tenter de porter cette affaire à sa juste médiatisation. Cependant, il ne faudrait pas fermer le ban trop vite !

    Le Portugal a également acquis des U-209. Mais ce n’est pas le bon vieux modèle de chez HDW. Au cours des négociations commerciales le constructeur allemand se sentait fortement concurrencé. Pour ce faire il a aménagé sa proposition. Cependant, il n’était pas permis de la changer par les conditions de négociations portugaises. In fine, HDW a proposé un U-214. Mais pour « respecter » les conditions de négociations contractuelles, ce modèle s’est transformé en « U-209PN ». A (très grand) a priori, ce nouveau modèle emprunterait bien plus à l’U-214 plutôt qu’à l’U-209.
    Dans quelle situation financière est le Portugal ? Qui foule au pied les efforts de l’ex-Premier ministre Socratès pour redresser les comptes portugais ?

    De même, n’oublions pas l’Italie qui achève de renouveler sa sous-marinade avec des U-212 construit sous licence. Cette fois-ci, il n’y a pas eu vent de corruption ou de tout autre chose. Cependant, que dire de l’état des finances italiennes et du discours allemand ?

    L’hôpital qui se moque de la charité ? Peut être.

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