Les guerres “à crédit” des USA ont nui à sa sécurité, dit Stiglitz

(BRUXELLES2) Le prix Nobel de l’Economie, Joseph Stiglitz, charge – stylo et calculette au clair – sur la politique américaine suivie après les attentats de 2001. C’est sur le site de Project Syndicate. L’Irak comme l’Afghanistan ont été « la première guerre de l’histoire entièrement payée à crédit ». La guerre en Irak va « au-delà des 60 milliards de dollars revendiqués au début ».  « Les dépenses directes du gouvernement dans ces guerres s’élèvent à présent à environ 2000 milliards de dollars – 17000 $ par ménage Us – sans compter les factures à venir qui vont augmenter ce montant de plus de 50%. »

Une génération d’anciens combattants

Il faut, en effet, ajouter les coûts futurs. les guerres enclenchées par les Etats-Unis depuis 2001 (Irak, Afghanistan…) couteront, rien qu’en prestations d’invalidité et des soins de santé à venir, « entre 600 et 900 milliards de dollars ». « Près de 50% des troupes de retour sont admissibles à recevoir un certain niveau de prestations d’invalidité » selon le professeur à l’Université Columbia. Et « plus de 600.000 soldats sont traités jusqu’ici dans les installations médicales des vétérans». Sans compter les coûts sociaux, tels « que les suicides des vétérans (qui ont dépassé 18 par jour ces dernières années) ».

La guerre cause du déficit

Pour Stiglitz c’est clair. Les deux menaces « pour l’avenir » auxquelles fait face l’Amérique — le chômage et le déficit — « peuvent dans une large mesure être imputés aux guerres en Afghanistan et en Irak. (…) L’augmentation des dépenses militaires, liée aux réductions fiscales de Bush, est une des principales raisons pour lesquelles l’Amérique est passée d’un excédent budgétaire de 2% du PIB quand Bush a été élu, à un déficit et à l’état précaire de la dette actuelle. »

La sécurité de l’Amérique sapée

Au final, pour le prix Nobel, « les guerres ont sapé la sécurité de  l’Amérique (et du monde), à nouveau d’une façon que Ben Laden n’aurait pas pu imaginer. (…) Le fait d’avoir fixé des objectifs militaires trop hauts a conduit à la nervosité prévisible sur l’utilisation de la puissance militaire, ainsi que la connaissance de cette menace par d’autres ont  contribué à l’affaiblissement de la sécurité de l’Amérique. Mais la force réelle de l’Amérique, plus que sa puissance militaire et économique, est son «soft power», son autorité morale. Et cela, aussi a été affaibli. »

Un point de vue qui pourra être sans doute nuancé et détaillé mais qui a le mérite selon moi de mettre le doigt sur un phénomène de société souvent passé sous silence, l’apparition d’une nouvelle génération d’anciens combattants aux USA mais aussi au Royaume-Uni, les plus engagés dans ces opérations. Mais dans une moindre mesure, tous les pays de l’Europe continentale sont concernés.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).