La mission Althea en Bosnie sous la barre de flottaison…

Hélicoptère de l'EUFOR (crédit : armée autrichienne)

(BRUXELLES2) Les 27 ministres de la Défense de l’Union européenne, réunis à Wroclaw (Pologne) en réunion informelle, devront notamment se pencher sur l’avenir de l’opération militaire européenne déployée en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea). Cela fait plusieurs mois – que dis-je!,  plus de deux ans – que les discussions durent. Et les 27 n’ont toujours réussi à se mettre d’accord sur une solution viable. Ce alors que les effectifs sur le terrain diminuent continuellement au fur et à mesure des décisions des Etats membres de ne plus contribuer.

Désaccord sur l’avenir

Plusieurs pays (France, Espagne…) sont pour la fermeture de la mission ou la transformation en une mission non exécutive, beaucoup moins gourmande en moyens. Nous sommes entrés dans une autre dynamique dans la région (NB : élargissement, adhésion) expliquent-ils. Et la situation sur place ne nécessite plus une mission militaire (NB : ce qui est reconnu par tout le monde). D’autres Etats (Autriche, Slovaquie, Hongrie…) sont, au contraire, pour garder un mandat exécutif avec un effectif diminué et une capacité de réserve pour pouvoir réagir au besoin, alors que la situation peut toujours déraper. Position soutenue par le Royaume-Uni adepte du “statu quo” qui permet également de garder la seule mission de l’UE placée sous Berlin Plus (c’est-à-dire en commandement conjoint de l’OTAN). Une discussion qui a toute son utilité car les Nations-Unies vont devoir se prononcer sur la décision de reconduire ou non le mandat d’Eufor Althea ; décision prévue pour novembre.

A peine plus de la moitié des effectifs nécessaires

Sur le terrain, la réalité est que l’opération EUFOR Althea n’a plus, selon des sources concordantes, les moyens d’exécuter son mandat. Nous sommes un « tiers au-dessous du minimum requis pour le mandat » précise un haut diplomate européen. Un pourcentage relativement optimiste puisque d’après nos sources, on frôle même la barre de moitié. Althea n’aurait plus qu’à 1300 hommes présents sur place – chiffre confirmé de façon officielle – au lieu des 2200 requis. Et encore ce chiffre est-il atteint que grâce à la présence d’un gros contingent turc et à quelques renforts (numériquement faibles) d’Amérique latine ! Dans les faits, les Etats membres de l’UE ne contribuent plus ainsi à la mission qu’à hauteur de moins de 1000 hommes.

Personne ne veut plus aller en Bosnie-Herzégovine

A chaque renouvellement, les effectifs perdent des plumes. On est ainsi passé de près de 2000, à 1800, puis moins de 1500 (en juin 2011) et aujourd’hui 1300. Et cette tendance n’est pas près de s’inverser. Crise budgétaire aidant, aucun Etat ne semble disposer à augmenter son contingent qui reste à la charge du budget national. Au contraire… Le budget de l’opération n’est pas en effet communautarisé sauf une faible partie (le commandement et certaines tâches communes) à la différence des missions civiles de l’UE. Les Néerlandais ont déjà indiqué qu’ils s’en allaient en novembre.

Qui prendra la relève ? Personne. Qui veut vraiment rester à Sarajevo ? Personne, mis à part les pays de l’ancienne puissance tutélaire/coloniale (Autriche-Hongrie ou Turquie). Il faudrait peut-être prendre en compte ce principe de réalité. Soit les pays partisans du maintien de la mission, estiment que c’est vital, et renforcent leurs effectifs pour assurer le minimum nécessaire ; ce qui est loin d’être le cas. Soit il faut tourner la page. Et fermer cette mission, quitte à garder un battlegroup de réserve, l’arme au pied (au cas où). J’ai comme l’impression d’un bis repetita. J’avais déjà écrit il y a deux ans (!) que les 27 devaient se pencher “une nouvelle fois !, sur l’avenir de l’opération militaire en Bosnie-Herzégovine”. Deux ans après rien n’est toujours vraiment réglé malgré plusieurs papiers, non-papers, etc. Même si personne ne le dit tout haut, beaucoup le pensent. « Ce n’est pas très sérieux », c’est même carrément « stupide ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).