A-t-on toujours besoin d’une mission anti-piraterie de l’OTAN dans l’Océan indien ?

(BRUXELLES2, exclusif) Cette question, on peut se la poser. Car dans l’Océan indien, aux cotés des diverses opérations nationales, on trouve pas moins de trois opérations menées par les pays de l’OTAN ou de l’UE : EUnavfor Atalanta pour l’UE, la CTF 151 sous l’égide des Américains et Ocean Shield pour l’OTAN. Trois missions qui font, peu ou prou, la même chose, parfois avec les mêmes Etats qui prêtent tantôt leurs moyens à l’un, tantôt à l’autre. En ces temps de difficulté économiques et de multiplication des crises, on peut donc se demander légitimement si une telle duplication est bien nécessaire.

Question posée ouvertement entre directeurs de la Défense

Cette question a d’ailleurs officiellement été posée à Sopot lors d’une réunion des directeurs de défense des 27 tenue courant juillet. Selon les informations qui nous en sont revenues, au moins trois pays – le Portugal et l’Italie, rejoints par la France -, se sont interrogés ouvertement sur la nécessité pour l’OTAN de maintenir une opération séparée ; la France allant même plus loin estimant que l’Alliance n’avait pas à se préoccuper de cette activité anti-piraterie. Un Etat s’est ouvertement opposé à ce point de vue ; cela n’étonnera personne il s’agit du… Royaume-Uni.

Une raison plus politique qu’opérationnelle au maintien de 2 missions

Il est certain aujourd’hui que les deux missions UE comme OTAN souffrent d’une diminution des moyens engagés. A l’Etat-Major de l’UE, on s’alarmait, au mois d’août, du fait que les moyens navals affectés à l’opération anti-piraterie,  étaient au-dessous de la norme minimale. La mission de l’OTAN n’a, de fait, qu’une justification politique : permettre au Danemark (qui a choisi de ne pas participer aux opérations militaires de la politique européenne de défense et bénéficie d’un opt-out sur ce sujet) et dans une moindre mesure à la Turquie de trouver une « ombrella » politique pour accueillir ses bateaux sans devoir être incorporée à une mission type CTF américaine. C’est tout…

NB : On peut se demander pourquoi les deux organisations – OTAN et UE – ne se concertent pas davantage pour éviter une duplication des missions et des moyens.  Face à la résurgence de la piraterie dans l’ouest africain, on peut se demander aussi s’il ne serait pas possible d’opérer un partage géographique des terrains d’actions. A.F. Rassmussen et Cathy Ashton se voient régulièrement pour évoquer la coopération entre les deux organisations qu’ils dirigent, ce sujet mériterait d’être non seulement mis sur la table mais tranché.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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