La Pologne change de ministre de la Défense

(BRUXELLES2) La rumeur annoncée s’est vérifiée. En pleine présidence européenne de l’UE, Bogdan Klich a démissionné fin juillet de son poste de ministre de la Défense. Et ce n’est pas lui qui présidera le conseil informel des ministres de la Défense. Un comble pour celui qui est un des plus Européens du gouvernement. Mais il y avait le feu au lac… (*)

Le rôle du fusible

La publication du rapport de la commission d’enquête (présidée par le ministre de l’Intérieur, Jerzy Miller) sur l’accident d’avion de Smolensk (qui a envoyé sous terre le président polonais Lech Kaczynski et une bonne partie de l’Etat-Major militaire et de l’establishment polonais) a, en effet, pointé des défaillances et de graves lacunes dans la formation des militaires comme dans l’organisation du 36e régiment spécial de transport aérien auquel appartenait le Tupolev 154 crashé. Alors que se rapprochent des échéances électorales, l’opposition dirigée par le frère jumeau survivant, Jaroslaw Kaczynski, tenait là un os à ronger. D’autant que cet accident n’est pas le premier dans l’aviation de transport militaire de Pologne. S’en ajoute un autre, celui du Casa C-295 qui avait décapité l’armée de l’air, en 2008. Il était donc urgent de faire sauter un fusible; ce fusible, c’était Bogdan Klich. Un ministre qui ne se sentait plus très à l’aise dans ce gouvernement. Il avait déjà mis sa démission dans la balance, à au moins une reprise, quand l’arbitrage du Premier ministre, Donald Tusk, avait été rendu en sa défaveur, programmant de sévères coupes dans le budget de la Défense alors que s’amorçait une vaste réforme de l’armée, l’abandon de la conscription et la professionnalisation.

* NB : Il y avait anguille sous roche. Lors du voyage organisé pour la presse européenne à Varsovie au début de la présidence polonaise de l’UE (dont j’étais), aucun entretien n’avait été organisé avec le ministre de la Défense, alors que c’était, pourtant, une des priorités annoncées pour la présidence. Un entretien, privé, devait avoir lieu avec le Ministre. Mais il avait été annulé.. officiellement pour problème d’agenda.

Le nouveau ministre de la Défense

(crédit : ministère polonais de l'Intérieur)

C’est le vice-ministre de l’Intérieur Tomasz Siemoniak – l’adjoint de Miller donc – qui a été désigné, le 2 août, comme le nouveau ministre de la Défense. Il devrait donc présider le conseil informel des ministres de la défense en septembre.
Siemoniak représente la jeune génération des politiciens polonais, entré en fonction après 1990. Né le 2 juillet 1967, il est diplômé de la faculté de Commerce extérieur de la Warsaw School of Economics. Il a déjà officié au ministère de la Défense ; c’était en 1998-2000 comme directeur du Bureau de Presse et d’Information, sous l’autorité du ministre Janusz Onyszkiewicz. Mais c’est tout. Comme son prédécesseur, c’est donc un homme sans expérience militaire proprement dite. C’est d’ailleurs davantage un homme de l’audiovisuel. Il a commencé sa carrière à la télévision comme directeur des filiales puis directeur général de Channel 1 (à la télévision polonaise (1994-96). Il a été également membre du conseil de surveillance de l’agence PAP (1998-2002) puis du conseil d’administration de la radio publique polonaise (2002-2006).

Coté politique, après avoir été un des responsables de l’Union des étudiants dans son école, il a été membre du KLD (le congrès libéral démocrate issu de Solidarnosc) puis de l’Union pour la liberté (Unii Wolno?ci), le parti de Geremek et Mazowiecki, avant de rejoindre la Plate-Force civique. Il été maire adjoint de Varsovie (2000-2002) et Maréchal adjoint (président) de la Voivodie de Mazowie, la région du centre de la Pologne (2006-2007). En novembre 2007, il est nommé vice-ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Donald Tusk. Il a notamment eu en charge les dossiers de la prévention des risques naturels (qui n’a pas manqué d’actualité, la Pologne ayant subi plusieurs inondations), des minorités nationales et ethniques (dossier sensible, il s’agissait notamment d’apaiser les tensions entre la Pologne et l’Allemagne particulièrement détériorées après l’ère Kaczynski) ou la restitution des biens de l’Eglise catholique (confisqués durant la période communiste).

Pour ceux que le rapport de l’accident de Smolensk intéresse : voir les docs de B2

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).