Baisser le salaire des commissaires, vous n’y pensez pas !

A la question de savoir si les commissaires européens accepteraient, de façon symbolique, face aux mesures d’austérité en cours dans les Etats membres, la Commission européenne n’a aucune réponse aujourd’hui (31 août). Ou plutôt elle en a une qui revient à refuser cette hypothèse. Le porte-parole chargé de l’administration, un peu gêné aux entournures tout de même, a eu cette fine trouvaille : « Ce n’est pas aux commissaires de prendre de telles décisions. Ce sont aux Etats membres (NB : au Conseil des ministres) de prendre cette décision. » Même en insistant il ne démord pas de cette position, « c’est une question juridique, les commissaires ne peuvent pas (seuls) décider de baisser leur salaire » (*).

Quant au gel des plus hauts salaires de l’administration européenne, il précise qu’une autre option a été choisie par la Commission : « Nous avons pris l’engagement de diminuer les charges de personnel de 5%. Et d’augmenter la semaine de travail de 37h à 40h. » Pas question donc d’une baisse ou d’un gel des plus hauts-salaires.

La bonne excuse …

Cette position peut se justifier dans l’absolu. Mais qui a du mal à passer en ces temps d’austérité où la Commission européenne demande à chacun de se serrer la ceinture. Alors que le salaire moyen en Europe se situe de 2500 euros brut par mois, il est un fait que la haute fonction publique européenne est souvent surpayée par rapport aux équivalents dans la haute fonction publique nationale, dépassant de 4 à 6 fois ce salaire moyen. Que les commissaires européens donnent l’exemple n’apparait donc pas anormal, ne serait-ce que dans un geste symbolique et politique. Bien sûr, certains s’empressent de taxer cette idée de “populiste”. Je ne pense pas que partager le sort de l’austérité que l’on prône, ardemmement, soit “populiste”.

Une mesure déjà en débat dans plusieurs pays européens

Après cette question, un porte-parole est venu me voir, un brin ironique, un brin agressif me demandant de justifier dans quels pays cette mesure avait déjà été prise (Sous entendu dans aucun). Je suis au regret de contredire son incertaine connaissance ! Puisqu’une simple recherche internet permet de savoir qu’au Royaume-Uni, en Irlande, en Roumanie une baisse du salaire des ministres a déjà été engagée. Elle a été proposée en Italie et est en débat en France (même si le gouvernement se refuse pour l’instant à cette mesure). Dans plusieurs pays en proie à des difficultés économiques, elle a également été engagée.

(*) Une position apparemment infondée d’après les premiers renseignements pris. Rien dans la législation européenne n’oblige les commissaires à renoncer à une partie de leurs salaires.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).