Un nouveau DG pour les Affaires étrangères au… Conseil. Etrange !

(BRUXELLES2) Leonardo SCHIAVO va exercer de nouvelles fonctions comme directeur général pour les Affaires étrangères et l’aide humanitaire au Conseil de l’Union européenne. Ce à compter du 1er août. Le conseil des Ministres de l’UE (Ecofin) a accepté cette nomination, mardi (12 juillet). Leonardo a été le chef de cabinet du secrétaire général du Conseil, Javier Solana et le chef adjoint de cabinet d’Emma Bonino quand elle était commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire. L’ambition de cette nouvelle direction générale du Conseil restera, officiellement, limitée à la préparation du travail du Conseil, et sera de « petite dimension ». Ce qui est un peu contradictoire avec la nomination d’un tel responsable – qui a une certaine étoffe politique et une expérience multiple.

Leonardo Schiavo a commencé sa carrière à la Commission européenne comme expert juridique sur les droits des consommateurs à ce qui n’était pas encore qu’un service des affaires de consommation et d’environnement (1979-1982) et d’inspecteur anti-trust à la DG Concurrence (1982-1984). Il participe à la présidence italienne. Et après un passage à la DG Agriculture, passe à la DG Relex d’abord comme assistant du directeur général adjoint, en charge de l’Economie et du Commerce, puis comme chef adjoint de l’unité Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande (1992) et chef de l’unité de l’analyse et la planification politique (1993-1995). Chef adjoint de cabinet de la commissaire italienne Emma Bonino (1995-1999), il passe ensuite chez Javier Solana, haut représentant pour la politique extérieure, comme chef adjoint de son cabinet (1999-2003) puis chef de cabinet (2003-2006). Il rejoint ensuite Emma Bonino à Rome comme chef de cabinet quand celle-ci est ministre du Commerce (2006-2008). A la chute du gouvernement Prodi, il revient à Bruxelles au Conseil de l’UE comme directeur général de la DG H (Justice et affaires intérieures) et au cabinet du secrétaire général comme DG adjoint en charge des questions de développement, d’élargissement et de soutien au conseil des Affaires étrangères.

Commentaire : Cette nomination parait aux antipodes du dispositif voulu par le Traité de Lisbonne. Elle signifie tout d’abord un semi-échec pour Catherine Ashton six mois après le démarrage du Service européen d’action extérieure. Elle marque également une réticence des Etats membres (ce que l’on savait) mais aussi des institutions européennes (ce que l’on savait moins car le « combat » se déroulait en coulisses) à entrer dans la dynamique « Lisbonne ». Elle signifie enfin une certaine inadaptation du dispositif du Traité, conçue de manière théorique, mais qui se révèle concrètement peu adapté aux réalités diplomatiques et politiques actuelles. Il faudra à un moment ouvrir le débat, non pas pour faire ce qui paraît être un détricotage en « douce » des institutions nouvelles mais de voir comment les adapter, concrètement et pratiquement à la « vie réelle ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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