Seul contre tous, Londres bloque l’idée d’un QG européen (maj)

(BRUXELLES2) Le Conseil des ministres des Affaires étrangères doit entériner, lundi, des conclusions sur la politique de défense européenne et la création d’un centre de conduite. Ce texte n’était pas d’une ambition démesurée et était, somme toute raisonnable. Mais il permettait au moins de sortir de l’impasse, en engageant un travail sur la faisabilité d’un centre de conduite des opérations militaires de l’UE. Autrement dit un quartier-général militaire européen. Cela permettait de répondre à la volonté exprimée par plusieurs Etats – notamment ceux du triangle de Weimar (Allemagne, France, Pologne). Les 27 semblaient, à peu près, d’accord, même si quelques réticences s’exprimaient çà et là !

Double Veto britannique

Las ! Les Britanniques ont vu rouge. On a assisté – raconte un diplomate – « à un échange d’une rare violence. Les Britannique ne veulent pas entendre parler du tout ce qui pourrait ressembler à un quartier général européen. » Même l’argument rationnel des économies possibles – l’OHQ ne rassemblerait que quelques dizaines de personnes et il permettrait de supprimer les 5 OHQ nationaux de réserve – n’a pas reçu d’échos favorable. Londres a sorti « l’arme lourde et promis de bloquer toute conclusion qui irait (de près ou de loin) vers un renforcement des structures européennes de défense ». Même l’idée d’accueillir “favorablement” le rapport de la Haute représentante sur les “principaux aspects et choix en matière de politique étrangère et de sécurité commune” – qui mentionne les différentes options d’un OHQ européen – n’a pas reçu l’agrément des diplomates britanniques qui ont mis leur veto sur le mot.

Discussion jusqu’à lundi

Les discussions sont au point mort. Des palabres devraient avoir lieu durant le week-end. Et les ambassadeurs du COPS devraient se revoir lundi pour tenter d’avoir un accord. Mais l’heure n’est pas à l’optimisme. « En l’état de choses, il y a un Non et 26 Oui. Le Royaume-Uni est seul contre trous. Mais il ne veut pas entendre parler de négociation. »

Commentaire : Ce veto britannique n’est pas nouveau. Mais il n’a jamais été exprimé aussi clairement. Cette attitude montre ainsi que les illusions d’une négociation avec Londres sur ce sujet sont en passe de s’envoler. Si Londres s’entête, il faudra donc emprunter une autre tactique en utilisant toutes les options possibles, y compris celles ouvertes par le traité de Lisbonne. Il ne manque pas aujourd’hui de possibilités de contourner le veto britannique. On peut ainsi considérer que la mise en place de l’OHQ est une mesure d’organisation interne que la Haute représentante peut décider. On peut aussi déclencher les nouvelles formules prévues par le Traité, comme la coopération renforcée ou la coopération structurée permanente. On peut également qualifier un nouvel OHQ, national, à l’initiative de la Belgique ou du Luxembourg, qui serait placé… à Bruxelles dans l’enceinte de l’école militaire belge (autrement dit à une portée de fenêtre du comité militaire de l’UE ou du service diplomatique). Les différents battlegroups qui se succèdent (notamment celui de Weimar) pourraient aussi d’utiliser l’OHQ européen ou bruxellois… On le voit, juridiquement, matériellement, il existe certaines possibilités qui n’existaient pas hier. Le combat d’arrière-garde de Londres ne doit pas faire reculer les Européens mais, au contraire, les inciter à avancer. Ils n’auront pas à s’inquiéter. Le Royaume-Uni a toujours mené ce jeu là avec le continent : bloquer tout ce qui peut être bloquante puis rejoindre ensuite ce qui a pu être fait sans eux.

(Maj) Malgré une réunion à potrons minets (dès 7h30 !), les ambassadeurs du COPS n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un compromis acceptable par tous. Et finalement, il n’y a pas eu de conclusions à ce conseil. « L’opposition du Royaume-Uni ne permettait pas d’avoir des conclusions acceptables par les autres partenaires autour de la table, notamment le groupe des pays de Weimar » précise à ‘B2’ un diplomate européen. C’est donc partie remise…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).