Service extérieur bis. Une reconstitution de ligue dissoute ?

Le commissaire Piebalgs et le ministre allemand du Développement Niebel (Crédit : Commission européenne, 21 juin 2011)

(BRUXELLES2) On pensait avec le Traité de Lisbonne avoir mis fin à la dichotomie dans la gestion de la politique extérieure européenne entre le Conseil – représentant l’approche intergouvernementale – et la Commission – représentant l’approche communautaire ; ainsi qu’à la confusion que cela pouvait générer. Et, même si le service diplomatique européen n’est pas encore complètement efficient, on s’acheminait vers une solution rationnelle : la voix européenne devenait plus unifiée. Mais la question de la dichotomie revient au grand galop, sous l’effet de logiques administratives et politiques contraires. La Direction générale (DG) qui s’occupe de questions de développement et coopération internationale (DevCo) est, en effet, restée « du côté de la Commission », pour différentes raisons (la Commission et le Parlement militaient notamment pour cette solution).

Le poids de l’action extérieure au sein de la Commission renforcé

Le dernier organigramme de la DG DevCo est, en passe, d’être revu pour couvrir de façon plus serrée des zones géographiques. De fait, on va se retrouver dans une nouvelle division entre les « politiques » et les « gestionnaires de projet ». Une division renforcée par la présence au sein du secrétariat général de la Commission d’une petite structure, qui s’est étoffée depuis plusieurs mois, d’une trentaine de personnes, chargée de coordonner la… présence internationale de la Commission, notamment pour préparer les voyages du président Barroso ou des autres commissaires.

Un exemple : l’Afghanistan

La visite du commissaire au développement, Andris Piebalgs, en compagnie de son homologue allemand Dirk Niebel (FDP) est particulièrement symptomatique de cet état d’esprit. Il y a très peu de mots sur l’approche globale de l’UE pourtant nécessaire sur ce pays en guerre. Les mots « conflit », « lutte contre la corruption » ne sont pas prononcés une fois. D’ailleurs, à lire le communiqué, où il est juste nécessaire d’améliorer la gouvernance, les finances publiques et le développement rural, on ne se croirait pas en Afghanistan mais dans un autre pays étrange, irréel. La présence d’une mission de renforcement de la police afghane (EUPOL) comme d’un envoyé spécial de l’UE n’est évidement pas mentionné. Et le renvoi à un « en savoir plus » ne fait aucunement mention du service européen d’action extérieure mais juste du site internet de la DG Développement et de celui du commissaire… On se croirait revenu en arrière ! Et cet exemple n’est pas isolé (Lire le communiqué de la Commission sur la visite en Afghanistan)

Sauf à revoir rapidement l’état des lieux, les logiques administrative et politique aidant, on risque donc d’avoir une nouvelle répétition de ce qui se passait auparavant. Un coup d’épée dans l’eau donc… Il est sans doute nécessaire que le SEAE joue aussi pleinement son rôle au service des autres institutions et ne se renferme pas comme une tour d’ivoire imprenable.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Service extérieur bis. Une reconstitution de ligue dissoute ?

  • 6 juillet 2011 à 23:26
    Permalien

    Heureusement, quelques observateurs comme vous se rendent compte de ce qui est en train de se passer! Continuez à en parler, continuez à exiger un SEAE utile et efficace – pour le moment on en est loin…

Commentaires fermés.

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