Pour 2012, inflation de gros salaires au service diplo (Maj)

(crédit : Caisses d'épargne)

(BRUXELLES2) Alors que le temps est plutôt aux restrictions budgétaires, le projet de budget 2012 du service diplomatique européen (SEAE) placé sous l’autorité de la Britannique Catherine Ashton l’ignore, du moins à certains niveaux de la hiérarchie. Si le nombre de personnel statutaire est quasi stable : +7 postes (l’effectif passant de 1643 à 1670 répartis en 940 administrateurs et 730 postes d’assistants), le haut de l’échelle connait une inflation à 2 chiffres.

+ 40 nouveaux hauts salaires

Si le nombre d’AD 16 et d’AD15 reste inchangé (respectivement 12 et 38), il n’en est pas de même des catégories suivantes : les AD 14 connaissent une inflation notable (ils passent de 70 à 109, soit +39 postes ou +56%) dans le projet de budget 2012. Tandis que les AD 13 connaissent une hausse d’un tiers (ils passent de 157 à 208, +49 postes) selon un mouvement de vases communicants avec les AD 12.

Il faut noter qu’un AD 14 procure (hors indemnités familiales et primes d’expatriation) entre 13.200 et 15.000 euros à son agent. Et qu’un AD 13 gagne de 11.700 à 13.200 euros, soit entre 1300 à 1500 euros de plus qu’un AD 12. Ramenés en rythme annuel, cette inflation de gros salaires représente 7,5 millions d’euros… Ce qui n’est pas négligeable et représente un quart de l’augmentation demandé pour le budget 2012. On comprend ainsi mieux l’impératif de diminution de 10% des postes, demandé dans les services du SEAE ; il s’agit de compenser cette arrivée de nouveaux “hauts salaires”.

Le double langage des Etats membres

Cette augmentation est, en fait, rendue nécessaire pour deux raisons principales. En premier lieu, l’organigramme du SEAE, où se superposent conseillers spéciaux, représentants spéciaux, directeurs de départements, directeurs généraux, directeurs est particulièrement touffu ; cela ressemble davantage à un millefeuilles, où il existe davantage de cadres dirigeants que de cadres effectifs. Si on inclue les 185 AD 12 prévus pour 2012, on arrive ainsi à plus de 550 fonctionnaires qui, au service diplomatique, gagnent plus de 10.000 euros par mois. Une vraie armée mexicaine…

En second lieu, et surtout, cette augmentation est due au recrutement d’ambassadeurs des Etats membres qui demandent à être mieux payés ou ne pas perdre leurs avantages de leurs Etats membres. Peu importe d’ailleurs si c’est en contradiction avec la demande des mêmes Etats membres de limiter, voire contracter, les budgets européens. On retrouve là un double langage assez courant des Etats membres qui veulent voir les ressources des institutions communautaires diminuer mais demandent en même temps à ce qu’elles dépensent plus…

NB : Le budget global du SEAE prévu pour 2012 est de 490,8 millions d’euros contre 464,1 millions en 2011, une hausse qui parait importante en pourcentage (5,8%), mais reste somme toute très modeste en termes numériques (+ 26 millions d’euros). Les frais de personnel (statutaire, contractuel et autres frais) n’augmentent pas, de façon majeure au siège (+ 3 millions d’euros, le budget passant de 140,2 M à 143 M) mais un peu plus dans les délégations (+ 13 M, de 168,3 M à 181 M).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).