Marsur, la smart interface qui remplace le « 22 à Asnières »

(BRUXELLES2) Une grande salle, remplie d’officiers et de spécialistes des questions maritimes d’un centre de conférences. Sur scène, six podiums tenus par des officiers des six pays participant à l’expérimentation pilotant leur propre système. L’agence européenne de la défense avait fait les choses en grand pour la présentation de son nouveau système de surveillance maritime (Marsur), jeudi à Bruxelles. Une démonstration en « live » sans filet qui a donné quelques sueurs froides à ses concepteurs. Un seul incident et la présentation était à l’eau. Heureusement aucun bug n’est intervenu…

(crédit : EDA)

Objectif : ouvrir les « grandes oreilles » européennes

Marsur paraît assez simple dans son principe mais assez révolutionnaire au niveau institutionnel. Il s’agit de relier les différents centres de surveillance maritime, qu’ils soient militaires ou civils, pour leur permettre de dialoguer en direct et d’échanger des informations. Sont ainsi déjà reliés – dans cette première expérimentation – six centres de surveillance militaires d’Italie (Rome), d’Espagne (Carthagène), de France (Toulon), du Royaume-Uni (Northwood), de Suède et de Finlande. De la Méditerranée ouest à la mer Baltique, en passant par Gibraltar, l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord, le réseau permet déjà de couvrir déjà une bonne part des eaux européennes.

« Tout peut être partagé » : des données sur un bateau suspect, des photos d’une marée noire, des images satellites. « Ainsi si la Suède a besoin, en urgence, de renseignements concernant un bateau suspect (comme dans l’Artic Sea), elle peut très vite obtenir des informations de ces partenaires, en temps réel » explique le présentateur. Idem « si une suspicion de marée noire se fait, on peut travailler en direct et partager certaines informations ». A l’aide d’une palette graphique, des informations en temps réel peuvent être mises en valeur, comme on peut le faire lors d’une conférence de visu.

De fait il est la version moderne, automatisée et en 3D de l’antique « 22 à Asnières », la standardiste qui vous reliait à votre correspondant… 🙂

Une interface intelligente

L’intérêt de ce projet, démarré en 2006, est de ne pas changer le dispositif mis en place par chaque Etat membre ni de centraliser toutes les informations. Le dispositif mis en place par l’Agence européenne de défense a consisté, en effet, surtout à développer une interface, « intelligente », permettant à chacun des centres d’accéder aux informations des autres, immédiatement en temps réel. Le tout complété par un réseau email et un réseau chat.

Précisons que le dispositif n’est pas sécurisé au sens militaire ; il est protégé. « Le processus de sécurisation est très complexe – m’a expliqué un expert – pas tellement au plan technique mais surtout au niveau administratif et des homologations nécessaires dans les différents pays participants.  »

(crédit : EDA)

Le projet a couté … 930.000 euros (tout compris) pour quatre ans. Ce qui est, très peu, pour un système de cet ordre. Essentiellement il s’agit des coûts d’étude de l’architecture et de l’interface (130.000 euros et 450.000 euros), puis du coût de réalisation de l’expérimentation (350.000 euros, réalisé par Centric Labs). Explication d’un des concepteurs du projet : « Nous avons bénéficié des experts des différents Etats membres qui ont contribué volontairement au projet… » Et « Nous avons veillé à prendre des logiciels open source, ce qui nous permet ensuite des adaptations faciles et peu couteuses ». Une nette différence avec la méthode pratiquée dans d’autres institutions (NDLR : Commission) qui consiste souvent à faire appel à des consultants et experts qui alourdissent la facture. Précision importante : c’est l’agence européenne de défense qui est propriétaire du système. Ce qui permet ensuite de faire toutes les adaptations nécessaires à moindre coût.

L’étape suivante : relier le civil et le militare

La première expérimentation passée, ses concepteurs espèrent que d’autres centres de surveillance rejoindront le système, notamment les centres civils. « C’est tout l’intérêt de ce projet — explique un expert du dossier — pouvoir associer militaires et civils. Et tout l’intérêt d’avoir travaillé ensemble, les Etats membres, l’agence européenne de défense et la Commission européenne. Le dispositif existe et fonctionne. Chacun peut maintenant s’en saisir. » Le système informatique est assez élaboré et a demandé plusieurs années – entre la première étude et la démonstration. Et il faudra encore quelques mois ou années, avant qu’il soit totalement opérationnel et généralisé. Chacun des « candidats » à rejoindre le réseau devra aussi concevoir le dispositif d’adaptation technique. « Ce peut être très simple ou très complexe selon le système utilisé et l’intensité du dispositif que l’on recherche », notamment si on veut relier tous les postes ou simplement certains. Quant à le relier aux dispositifs OTAN, ce n’est pas pour tout de suite. « C’est déjà assez compliqué de travailler ensemble, entre militaires des Etats membres et la Commission européenne. Amener un troisième partenaire tout de suite aurait plutôt compliqué le travail que le simplifier ».

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