Un non paper sur la mission Althea

(BRUXELLES2) Quel futur pour l’opération militaire européenne en Bosnie-Herzégovine ? Les ambassadeurs du COPS doivent en parler en juillet. D’ores-et-déjà, trois pays — l’Autriche, la Bulgarie et la Hongrie ont présenté, à la mi juin, le fruit de leurs réflexions. Un « non paper » , que j’ai pu parcourir, qui pointe les points faibles de l’opération et milite pour sa prolongation. La situation actuelle n’est « pas satisfaisante » écrivent-ils. Il y un « large écart entre les tâches militaires d’Eufor Althea et les ressources disponibles ». Il ne faut « pas attendre des réductions unilatérales de troupes (…) pour développer un scénario réaliste pour (la mission) dans le futur ». La cote d’alerte est atteinte selon les trois pays auteurs du non paper. La mission est actuellement « un tiers au-dessous du minimum militaire requis. » Au lieu de 2000 annoncés, on se dirige en effet vers un effectif inférieur à 1500 hommes. « Les forces manquent pour tout autre chose qu’un incident isolé, de basse intensité. Des retraits supplémentaires compromettraient la configuration actuelle ». Les auteurs envisagent cinq options du status quo (option 1) à la mission d’entraînement non exécutive (option 5). Deux options extrêmes qu’ils n’estiment pas « réalistes ».

L’option 2 « adaptation » (1200 hommes) verrait ainsi le mandat de la mission adapté à la taille actuelle et prévisible. Elle permettrait de maintenir la surveillance et une capacité d’intervention limitée, comme la possibilité d’accueillir et loger des forces hors zone (Over The Horizon Forces ou OTHF). L’option 3 « adaptation proactive » serait d’un format légèrement plus réduit (800-1000 hommes). Sa capacité d’intervention immédiate serait réduite. L’objectif serait davantage d’assurer la surveillance pour avoir une réaction à temps des forces externes. L’option 4 « Training plus » garderait un effectif limité (400 hommes). Ce qui conduit, de facto, à la transformation en mission de formation en gardant juste le mandat exécutif pour la forme. Une petite capacité de Commandement et de contrôle (C2), un petit élément de surveillance serait conservé. Mais la mise en œuvre du mandat exécutif dépendra du déploiement de forces hors zone.

Commentaire : Le risque en Bosnie-Herzégovine ne doit pas sous-estimé. Néanmoins, on se trouve aujourd’hui dans une configuration qu’hier. L’adhésion prochaine de la Croatie, l’entrée dans les négociations de la Serbie changent la donne régionale. La situation politique reste effectivement tendue. Mais c’est le cas également en Macédoine ou en Albanie (à une différence près : l’histoire récente de la Bosnie et de la guerre civile). Au Kosovo aussi la Kfor est en rythme de décrue avancé. Car la situation ne justifie plus une présence militaire aussi importante. On peut donc facilement concevoir à court ou moyen terme qu’une force de stabilisation reste dans la région, qui pourrait être redéployée au besoin en Bosnie-Herzégovine.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).