Le budget voyages de la Haute représentante explose

(BRUXELLES2) Avec les récents déplacements, la Haute représentante aurait consommé presque la totalité de son budget voyages annuel, entre 2/3 et 3/4 selon nos informations, alors que nous sommes à peine à la moitié de l’année.

C’est explicable, m’a précisé son entourage (un peu gêné tout de même). Pour pouvoir mener ses voyages, à temps, et grouper plusieurs pays dans un seul voyage, Catherine Ashton emprunte un avion taxi qui est tout sauf peu onéreux. Et bien souvent, elle ne part pas toute seule, avec l’officier de sécurité idoine et un chargé de mission. Mais la délégation comporte souvent 6-7 personnes. Résultat : c’est plus cher. Il y a aussi d’autres explications qui n’ont pas été avouées. Ainsi le choix de l’hôtel se situe plutôt au niveau du 5 étoiles luxe que d’un 3 ou 4 nuits basiques. Raison officielle : la sécurité. Mais ce qui dans certains pays, comme à New York, est relativement onéreux. Or, Catherine Ashton s’est fait une religion d’assister le plus régulièrement possible aux assemblées générales des Nations-Unies. Initiative sans doute louable car il s’agit de rencontrer un maximum de personnalités dans un minimum de temps, précise son entourage, même si la perte en ligne et l’effet dispersif des rencontres soit aussi sensible.

Même si elle peut être justifiée, cette consommation de crédits peut apparaître cependant délicate à plus d’un titre, surtout en période de difficultés budgétaires. D’une part,  le prédécesseur de Lady Ashton, Javier Solana, ne lésinait pas sur les déplacements. Il passait même son temps dans l’avion… mais sans doute dans des conditions moins luxueuses. Et le sujet est assez sensible notamment au Parlement européen. On se souvient que la Cocobu (commission de contrôle budgétaire) avait, en 2009, manifesté plus que sa mauvaise humeur pour différentes raisons, notamment le budget voyages du Haut représentant, en retardant le vote de la décharge sur le budget 2006.

Si le budget « voyages » est si limité qu’il risque d’être explosé, plutôt que de jouer les « filles de l’air », la Haute représentante ne devrait-elle pas jouer la transparence ou négocier d’autres solutions de transport et/ou d’hébergement. Il existe peut-être d’autres solutions que l’avion taxi et l’hôtel 5 étoiles, notamment dans les résidences des ambassadeurs de l’UE. On peut même se poser la question si l’affrètement en permanence d’un avion par les institutions européennes (Barroso, Van Rompuy, Ashton…) – au besoin auprès des Etats membres – ne serait pas justifié et moins couteux que des locations au coup par coup d’avions privés. Après tout, de nombreux Etats membres ont une flotte gouvernementale à entretenir. Et un coup de pouce financier de l’Europe serait peut-être bienvenu.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).