Le « banquier » du Belarus interdit de séjour. Mais pas ses sociétés ?

Vladimir Peftiev

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères s’apprêtent à prendre, lundi, quelques nouvelles sanctions contre la Biélorussie, en essayant de resserrer le dispositif sur les personnes qui soutiennent le président. Il s’agit là non plus de viser la structure officielle de l’Etat — ministres, responsables du KGB, juges qui figurent déjà sur les précédentes listes – mais ses soutiens financiers. Visé particulièrement : Vladimir Peftiev, un des oligarques biélorusses, considéré comme le banquier privé de Loukashenko. Il deviendrait alors interdit de séjour dans l’Union européenne et ses fonds pourraient être gelés.

Un homme fortuné, entré dans le classement des millionnaires du magazine Forbes en 2010, qui dirige, directement ou indirectement, une bonne partie du tissu économique du pays, notamment l’entreprise de fabrication et d’exportations d’armes et de biens militaires, BeltechExport. Il a également des intérêts dans des entreprises de téléphone, de pari, des banques ou la construction. Il a aussi jeté son dévolu sur le sport, notamment le hockey (le championnat national de hockey, c’est lui) et le tennis (la fédération nationale de tennis, c’est encore lui !).

L’UE divisée sur l’étendue des sanctions

Les Etats membres de l’UE sont, cependant, divisés sur l’étendue des sanctions. Si un large consensus s’est fait pour viser Peftiev, ce n’est pas le cas pour l’inclusion d’entités qu’il dirige. Le projet initial de décision visait, en effet, directement Peftiev et trois sociétés. Mais les pays baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) ainsi que l’Italie, la Roumanie et le Portugal, notamment, se sont opposés, à des degrés divers, à cette solution. La plupart des autres Etats membres soutiennent le projet initial de sanctions. Les plus « durs » emmenés par la Pologne semblant être la Slovaquie, République tchèque, Pays-Bas, Allemagne, Suède – selon un diplomate européen. Une voie de compromis, tracée par l’Italie et soutenue, d’un coté, par la Lituanie ou le Portugal, de l’autre par par la France, le Royaume-Uni, consisterait à sanctionner Peftiev et une seule société. Les ambassadeurs du COPS doivent se revoir, lundi au matin, pour tenter d’arriver à un compromis.

(crédit : Beltechexport)

L’empire BeltechExport

La société Beltechexport n’est, en effet, pas n’importe quelle société. Elle est le principal artisan du complexe militaro-industriel de Biélorussie (et le sponsor du salon Milex qui vient de se tenir en mai dernier à Minsk). Dotée d’un centre de recherches – qui s’est spécialisé notamment dans les systèmes automatisés de commandement, de contrôle aérien, de contrôle de l’artillerie, les viseurs optique (une spécialité du Belarus) – elle est aussi – et surtout – connue pour être un des principaux exportateurs de la production biélorusse et ne dédaigne pas non plus à se faire l’intermédiaire de la production russe. Elle a fourni ou modernisé l’équipement de nombreuses armées africaines (Algérie, Ouganda, Soudan…) du monde arabe (Syrie, Yemen, Iran) ou de l’ex-Urss (Azerbaïdjan, …), et offre dans son catalogue toute la panoplie d’armement lourd y compris les tanks (Т-55, Т-72, Т-80) les avions (MiG-29, Su-24МК, Su-24МR, Su-25, Su-27) ou les hélicoptères (Mi-8, Mi-17, Mi-24). Une de ses ambitions est de se développer sur le marché chinois et de faire du port de Riga en Lettonie, son principal point de transit (hub) vers l’export (d’où les réticences de la Lettonie sur les sanctions).

NB : les Etats-Unis ont déjà imposé des sanctions, fin mai, sur Beltechexport et BelOMO pour d’autres raisons (vente de biens militaires à l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Le « banquier » du Belarus interdit de séjour. Mais pas ses sociétés ?

  • 19 juin 2011 à 13:03
    Permalien

    L’ancien gendarme R. Montoya avait des liens privilégiés avec cette entreprise. C’est lui qui avait fourni à L. Gbagbo les 2 Su-25 qui avaient tué 10 soldats français en Côte d’Ivoire.

    Attaquer financièrement la Biélorussie revient à s’attaquer à la Russie. Celle-ci y possède de gros investissements (Gazprom par exemple) et le système de défense anti-aérien est connecté au système russe. En dépit de relations compliquées avec Moscou, Loukachenko sait pouvoir compter sur les russes en cas de besoin. SOn pays reste un allié de poids face au déploiement du système ABM américain en Pologne.

    On remarquera aussi l’attitude pour le moins ambigüe des pays baltes qui bénéficient également des investissements biélorusses et qui contribuent à leur développement économique alors même qu’ils clament leur volonté de voir des avions de l’OTAN les défendre face à l’Ours russe!!

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