La bataille des QG à l’OTAN : le premier round est achevé. Reste à exécuter

réunion des ministes de la Défense de l'OTAN (crédit : OTAN, 8 juin 2011)

(BRUXELLES2) Le plan adopté à Lisbonne en novembre prévoyait le dégraissage d’un peu moins de la moitié des quartiers généraux de l’OTAN, sans fixer les centres promis à la fermeture. C’est désormais chose faite. Non sans difficulté… Les ministres de la Défense ont, en effet, entériné la liste des QG qui resteront et ceux qui fermeront, principalement lors d’un dîner tenu mercredi soir à l’Alliance à Bruxelles. Mais pour s’y retrouver dans les chiffres, il faut être divin… Le nombre de QG se réduit de 11 à 7 (sans compter les transferts). Le nombre des agences passe de 14 à 3 (ou 5 plutôt). Le nombre des centres d’opérations aériennes combinées (CAOC) passe de 4 à 2… (2,5 plutôt).

Les effectifs de ces QG vont fondre de 13.000 à 8.800. Précisons que nous parlons ici de postes budgétaires ; « il n’y avait pas, en effet, 13.000 postes pourvus car les Etats ne trouvaient pas toujours les candidats ou préféraient les garder pour leurs Etats-Majors nationaux », comme me l’a confirmé un responsable de l’OTAN.

QG : ceux qui perdent, ceux qui gagnent

Coté des QG, la répartition relève d’un subtil arrangement autant politique qu’opérationnel, afin de ne fâcher personne. Tout est fait pour que personne ne soit trop mécontent, aux dépens de l’efficacité, parfois…

Le Portugal perd son commandement de force interarmées (JFC), basé à Lisbonne, et commandé depuis peu deux ans par un Français (le général Philippe Stoltz) ; mais reçoit, en échange, deux structures, la Striking Force NATO (STRIKFORNATO) et le NATOCIS (Communications and Information Systems), qui vont déménager d’Italie.

Les Pays-Bas garde leur commandement conjoint (JFHQ) à Brunssum (Pays-Bas) de même que l’Italie à Naples (Italie), ce dernier servant de commandement pour l’opération “Unified Protector” en Libye. L’Italie perd, en revanche, le commandement maritime de Naples. Mais garde un centre de commandement et de contrôle sur les éléments aériens déployables (DACC), transformation en gros de son CAOC de Poggio Renatico (*). Vous suivez ! 🙂

L’Allemagne garde un commandement : celui de la composante Air (AIRCOM) à Ramstein mais perd celui de la composante terre (LANDCOM) à Heidelberg ; celle-ci déménage à Izmir en Turquie. Elle garde aussi un des deux CAOC (*) à Uedem.

La Turquie qui perd un commandement de composante Air récupère ainsi un autre commandement, une concession très politique et stratégique assez prévisible avec l’allié turc, « une manière de l’arrimer un peu plus à l’OTAN » explique un responsable de l’Alliance.

Le Royaume-Uni garde le commandement de la composante Mer (MARCOM), à Northwood, un commandement qui sert au QG anti-piraterie de l’OTAN.

L’Espagne perd le commandement de la composante Terre de Madrid. Mais elle récupère un des CAOC qui concrétise un élément précurseur déjà présent à Torrejon.

Malgré quelques rumeurs de déménagement – plus destinés à faire un peu peur que réellement fondés –  le commandement allié « Opérations » (ACO / SHAPE) reste près de Mons (Belgique). La Belgique, comme son voisin luxembourgeois, se voient plutôt renforcés dans la répartition du siège des agences.

Le commandement allié « Transformation » (ACT) reste à Norfolk (USA). Avec trois centres spécialisés : le Joint Analysis and Lessons Learned Centre (JALLC) à Monsanto près de Lisbonne (Portugal), le Joint Force Training Centre (JFTC) à Bydgozcz (Pologne), le Joint Warfare Centre (JWC) à Bergen (Norvège),

(*) Il y avait jusqu’ici 4 CAOC fixes — à Uedem (Allemagne), Finderup (Danemark), Poggio Renatico (Italie) et Larissa (Grèce) – et deux déployables – à Uedem et Poggio Renatico (Italie).

Le nouveau dispositif d’agences

Une nouvelle structures d’agences est établie autour de 3 pôles, voire de cinq pôles :

  • l’agence de soutien de l’OTAN (NSA) sera à Capellen au Luxembourg, sur le site de l’actuelle NAMSA (NATO Maintenance and Supply Agency) ;
  • le siège de la NCIA (NATO Communications and Information) sera à Bruxelles ainsi qu’une petite équipe désignée pour l’Agence des marchés publics ;
  • une nouvelle organisation NATO Science and Technology (S&T) sera créée d’ici juillet 2012, basée en Belgique, composée d’un chef scientifique et, d’un bureau programme pour la S&T collaborative, et du Centre de recherche sous-marin (NURC), basé en Italie.
  • l’agence de normalisation de l’OTAN reste en place mais fera l’objet d’un audit d’ici le printemps 2014.

Quant aux agences chargés de gérer des programmes multinationaux comme l’Eurofighter (NETMA) et l’hélicoptère NH90 (NAHEMA), elles deviendront des bureaux de programme de la nouvelle Agence des marchés publics de l’OTAN et resteront en place, dans leur emplacement actuel, près de leurs partenaires industriels. La Nahema à Aix-en-Provence.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).