Signature de l’accord pour EATF, le ‘Star Alliance’ du transport militaire

(crédit : ministère tchèque de la Défense, novembre 2009)

(BRUXELLES2) Les ministres de la Défense vont parapher, lundi, l’arrangement administratif pour la participation au programme « European Air Transport Fleet ». Cet accord va permettre le démarrage opérationnel du programme décidé en 2008 (*) en permettant notamment les échanges d’information nécessaires.

Malgré son nom, EATF est tout sauf une flotte. « On est plus proche d’un accord comme il en existe plusieurs dans le civil, entre compagnies aériennes, tels Star alliance ou Skyteam. Chacun reste maître chez lui. Mais on cherche à optimiser les capacités existantes en développant des coopérations » commente Claude-France Arnould, la directrice de l’Agence européenne de Défense.

Cette alliance permet, en effet, un fonctionnement à la carte aux Etats membres, permettant de travailler en commun. Il peut s’agir de l’entrainement, de la maintenance des avions, de chargement du fret cargo, d’échange ou de partage d’heures de vols, voire d’acquisition en commun. Ou même tout simplement de favoriser une harmonisation des législations entre pays européens.

Au départ, l’idée d’EATF était centrée sur l’A400M (**). Mais à la fois le retard de son arrivée comme l’intérêt d’autres pays non clients de l’avion européen ont abouti à élargir l’Alliance à d’autres types d’avions, essentiellement les C130 Hercules ou des Casa C295.

Premier travail … les autorisations de survol

En attendant, le premier travail sur lequel va se pencher l’agence pourrait être d’harmoniser les autorisations de survol (clearance) pour les avions militaires sur le territoire européen. La négociation devrait permettre de supprimer cette formalité pour au moins tous les vols de routine ou qui ne suscitent pas de difficultés entre Etats membres mais obligent les diplomates de chacun des Etats concernés à solliciter des autres une autorisation de survol. La discussion va commencer maintenant. Elle devra se pencher sur toute une série de questions. Et certaines exceptions pourraient demeurer, tel le survol d’un pays d’un avion militaire armé pour un théâtre de combat. Les lecteurs de ce blog savent déjà qu’au sein d’EATC, cette problématique a, en partie, été résolue, entre les 4 pays participants (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique). 

Autres projets à court terme : la mise en place d’un site web sécurisé pour le transport aérien ou un système comptable sur web pour Atares (le système d’échange).

Premier exercice en juin 2012… en Espagne

Un premier exercice « EATF Flying event » devrait prendre place en Espagne en juin 2012 pour permettre d’augmenter l’interopérabilité entre les équipages EATF et adopter des procédures communes. Il devrait permettre la création d’un cours européen pour les vols tactiques de la même manière qu’il en existe aux Etats-Unis, et dans le même esprit que celui déjà organisé dans le cadre du programme TLP (Tactical Leadership Programme) à Albacete en Espagne.

Horizon 2020 : une flotte en réseaupeut-être

A moyen terme (2015), il est envisagé l’harmonisation des règles et normes, l’harmonisation des entraînements, l’usage en commun des services de soutien logistique. A plus long terme (2020), seront abordés une utilisation de flotte en réseau, des unités de transport multinationales ou l’acquisition en commun d’avions de transport.

Lire également :

(*) Le projet EATF a été avalisé par les ministres de la Défense au sein de l’Agence européenne de défense, en février 2008. Une déclaration d’intention a été approuvée en novembre 2008. Et une lettre d’intention signée en novembre 2009. Y participent 15 Etats : Belgique, Rép. Tchèque, Espagne, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Suède. Cela regroupe peu ou prou l’ensemble de la flotte européenne, à une exception notable près, le Royaume-Uni, et celle des pays neutres.
(**) 4 pays clients de l’A400M – Allemagne, France, Belgique et Luxembourg – ont approuvé par ailleurs la création d’une intégration plus poussée au sein de l’unité multinationale A400M.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).