L’offensive contre les bateaux-mères pirates continue (Maj2)

(crédit : Eunavfor Atalanta / Marine portugaise)

(BRUXELLES2) Plusieurs navires des missions anti-piraterie de l’UE (Eunavfor Atalanta) et surtout de l’OTAN (Ocean Shield) ont participé à cette action tout près des côtes somaliennes, jeudi et vendredi. Trois bateaux-mères pirates ont été neutralisés. Et deux autres ont été obligés de rebrousser chemin. Une action qui s’inscrit dans un cadre volontairement offensif visant à neutraliser les moyens d’actions des pirates. Les bateaux-mères sont préalablement repérés et, de manière concertée, les navires passent ensuite à l’action.

Un bateau-mère rebrousse chemin

Le navire-amiral de la mission européenne Eunavfor Atalanta, la frégate portugaise Vasco de Gama, a neutralisé un dhow, dénommé Jelbut 35, dans la matinée du 13 mai. Le dhow tentait de gagner le large quand le Vasco de Gama l’a « fixé ». « Nous avons fait un avertissement oral  lui demandant de retourner à son ancrage — raconte un officier — mais il a refusé d’obtempérer. » L’hélicoptère a alors fait un tir d’avertissement. Le Dhow a alors rebroussé chemin. « Avec l’arrivée de la mousson du Sud-Ouest dans la région, qui apporte avec elle de mauvaises conditions climatiques et une mer agitée, c’est une des dernières chances pour les groupes d’attaque pirates (PAG) de se déployer dans l’océan Indien. » explique-t-on au QG d’Atalanta.

Un autre appréhendé

Dans l’après-midi, la frégate française Nivôse – qui participe aussi à la mission européenne Eunavfor – avait mis le cap sur un dhow suspect d’être un bateau-mère. Capturé par les pirates il y a plus d’un an, il était soupçonné d’avoir mené plusieurs attaques récentes en mer d’Arabie. Il avait été localisé, peu avant, par un avion de patrouille maritime P3 Orion allemand. Malgré les ordres donnés par l’hélicoptère du Nivôse de stopper, celui-ci a continué son chemin. Pendant l’approche, les militaires ont pu apercevoir plusieurs armes et deux skiffs d’attaque à bord du dhow. L’hélicoptère est alors passé aux tirs de semonce ; les pirates ont alors viré de bord mettant le cap sur la Somalie. La « présence à bord d’otages » a empêché une action de force, précise-t-on au QG d’Atalanta. Mais les skiffs du dhow ont été neutralisés. « Ce qui rend le groupe d’attaque pirates (PAG) incapable de lancer d’autres attaques ». Les VPD estoniens « ont donné un appui notable dans cette action ». (maj) On l’a appris, plus tard, 13 pirates ont été arrêtés (puis relâchés) et les 5 passagers libérés.

Le Jin Chun Tsai 68 neutralisé

Trois navires utilisés comme bateaux-mères par les pirates ont été récupérés ou neutralisés à proximité des côtes somaliennes, jeudi 12 mai, annonce l’OTAN : le plus ancien des bateaux-mères, le navire taïwanais Jin Chun Tsai 68, le dernier de la série des navires de pêche thaïlandais aux mains des pirates, le Prantalay 12, et un navire de pêche iranien, dénommé le Jelbut 24.

Le navire de pêche thaïlandais Prantalay 12 a été neutralisé et est resté aux mains des pirates ; mais il devrait être rendu sans demande de rançon, précise le QG anti-piraterie de l’OTAN à Northwood.

La frégate danoise – qui fait partie de l’opération Ocean Shield de l’OTAN – Esbern Snare (L-17) a intercepté le dénommé Jelbut 24, un bateau de pêche iranien, reconverti en bateau-mère. Un échange de tirs assez sérieux est intervenu. Les Danois ont répliqué. Les pirates ont alors cessé le tir, jeté les armes à la mer et se sont rendus. A bord, les Danois comptent 16 otages iraniens et 28 suspects. Sur ce nombre, 4 des pirates sont décédés, 10 ont été blessés. Les corps des quatre pirates décédés ont été « jetés à la mer » – précise le QG des opérations danois – « conformément aux procédures de l’OTAN et en tenant compte des traditions musulmanes ».  Les 24 autres suspects sont « retenus à bord, de façon provisoire en attendant d’examiner de possibles poursuites », ajoute-t-on côté danois. NB : les 16 ex-otages ont été libérés et déposés à Mombasa (Kenya) lors d’une escale.

Dans le même temps, c’est le Jih Chun Tsai 68, un bateau de pêche taïwanais, qui a été repris par les forces maritimes internationales. C’est le navire américain Uss Stephen W. Groves (FFG-29) qui était à l’action Il avait été capturé le 30 mars 2010 et était, depuis, utilisé régulièrement comme bateau-mère par les pirates somaliens pour faire des attaques sur des navires marchands dans le Golfe d’Aden. Il a sombré en partie, souligne le Maritime Bulletin. Il comprend un équipage de 14 marins (un capitaine taïwanais, 2 Chinois, 11 Indonésiens). Au moins trois Somaliens ainsi que le capitaine du navire auraient été tués durant l’attaque alors que le navire était en route de Ceel Dhanaane vers Hobyo, a avancé l’ONG Ecoterra (*). Information confirmée, tardivement (le 18 mai), par l’OTAN qui ajoute que deux marins du navire ont également été blessés dans l’opération. « Les pirates survivants ont été retournés à terre (libérés) » précise l’organisation. D’autres suspects ou marins ont été blessés lors de cet assaut et soignés pour blessures et brûlures à Galkayo, précise Ecoterra.

(*) Les morts et blessés de l’attaque du Jih Chun Tsai 68 avaient d’abord été attribués lors de la libération du Prantalay 12 puis réattribués.

Lire également : Les marines de tous pays passent à l’offensive dans l’Océan indien

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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