Dernières nouvelles de la piraterie (30 mai 2011)

(BRUXELLES2) 664 marins et 43 navires sont toujours aux mains des pirates somaliens, selon le dernier bilan dressé par l’ONG Ecoterra, le 29 mai. Le QG européen anti-piraterie dénombre 518 otages et 23 navires (mais il ne dénombre pas les petits navires des pêcheurs locaux). La liste des navires piratés dressé par le QG d’Eunavfor à Northwood.

Je ne résiste pas non plus à vous glisser d’une course d’équipes au camp Lemonnier à Djibouti organisée au profit d’une ONG. Ici Heavy Marine Helicopter 364 Unit (crédit : Africom / Us Army)

Dimanche (29 mai). Enquête sur la mort d’un capitaine taiwanais

La représentation américaine à Taïwan (l’Institut américain à Taïwan) confirme l’ouverture d’une enquête après la mort du capitaine du navire taïwanais Jih Chun Tsai No. 68. La marine américaine (USS Stephen W. Groves, membre de la force de l’OTAN « Ocean Shield ») avait donné l’assaut sur ce navire de pêche, reconverti en bateau-mère par les pirates. Le capitaine était mort lors de l’assaut.

Dimanche (29 mai). La marine iranienne déjoue une attaque près du Yemen

La marine iranienne de la 14e flotte de la marine iranienne – composée de la frégate Bandar Abbas et le destroyer Shahid Naqdi – déjoue une attaque, dans les eaux sud du Yemen, contre le Damavand, un tanker iranien attaqué par un skiff armé par 7 pirates, confirme l’agence de presse iranienne FNA.

Vendredi (27 mai). Les peines tombent en Corée du Sud

Trois pirates sont condamnés à des peines de prison comprises entre 13 et 15 ans par le tribunal de Séoul au terme de cinq jours de procès. Un autre pirate – Mahomed Araye – est condamné à la prison à vie. Il a été reconnu coupable de tentative de meurtre sur le capitaine du navire. Le verdict concernant un cinquième suspect – qui a plaidé coupable – devrait être connu le 1er juin. Les témoignages des marins du Samho Jewelry, entendus pendant le procès, attestent de la brutalité des attaques. Les pirates se sont ainsi servi des marins comme des boucliers humains quand les commandos sud-coréens ont tenté de reprendre le navire (ils s’y sont repris à deux fois). Non répondent les pirates c’était pour montrer qu’ils étaient bien vie… Le capitaine, âgé de 58 ans, atteint de plusieurs balles, a dû être opéré à plusieurs reprises et est toujours hospitalisé. Si celui-ci a été blessé par les commandos sud-coréens, une balle au moins provient de l’arme (AK-47) du Somalien Mahomed Araye, a estimé la Cour « sans doute raisonnable », balle qui l’a blessé grièvement (elle venait d’un AK47).

Vendredi (27 mai) Accord de transfert entre le Danemark et les Seychelles

Le Danemark et les Seychelles finalisent un accord de transfert des pirates suspects. Le Danemark bien que membre de l’Union européenne ne participe pas à l’opération européenne anti-piraterie Eunavfor Ataltanta et ne peut donc bénéficier des accords signés par l’UE. Faute de jugement au Danemark, ou de demande expresse d’un pays qui veut juger les suspects, les marins danois, pourtant particulièrement actifs, sont donc obligés de libérer les suspects arrêtés.

Jeudi (26 mai) Un plan danois contre la piraterie

Le gouvernement danois présente au Parlement un plan à moyen terme de lutte contre la piraterie. L’horizon est fixé à 2014. Le gouvernement s’engage ainsi à mettre un navire de la marine six mois par an, dans la zone dédié à lutte anti-piraterie, ainsi qu’un avion de surveillance maritime, type Challenger, pour une période de durée plus courte, « si nécessaire ». Le Danemark est aussi partisan d’actions plus robustes pour les forces de l’OTAN, notamment pour bombarder les camps et bases des pirates à terre, ou envoyer des forces à terre, en cas exceptionnel. Mais le plan ne cache pas que le risque d’escalade est important. Il n’est « pas exclu que les pirates à la suite d’une action accrue et soutenue internationale qui menacent leurs moyens de subsistance, soient plus menaçants contre les otages » et passent à l’acte, que l’on assiste ainsi à des « exécutions ». La collecte des preuves sur les navires victimes de pirates serait renforcée. Un groupe de travail réunissant policiers et militaires a été mis en place. Et des dispositions seront prises permettant la présence de gardes armés à bord des navires. Enfin, le Danemark a donné 2 millions de couronnes au programme de l’UNDOC pour renforcer les capacités judiciaires et pénitentiaires en Somalie. NB : Le pays a plusieurs nationaux aux mains des pirates. Et plusieurs de ses navires, qui portent son pavillon, ont déjà été attaqués.

Mercredi (25 mai). Procès en piraterie reporté à Bruxelles

Le premier procès en piraterie qui devait s’ouvrir devant un tribunal belge a été reporté pour laisser davantage de temps à son avocat d’étudier le dossier, précise l’agence Belga et la presse belge. Omar Mohammed Abdiwahad est inculpé pour avoir détourné le Pompei entre avril et juin 2009. Il a été formellement reconnu par plusieurs marins. Des traces d’ADN et ses empreintes digitales ont été retrouvées à bord du bateau. Il a été arrêté en novembre 2010 par la frégate belge, Louise-Marie, lors d’une autre attaque, contre le Petra I, un navire battant pavillon du Sierra Leone, et transféré ensuite par avion. Il est détenu en préventive depuis le 10 décembre. Initialement, il devait être jugé à Bruges, mais la compétence du tribunal correctionnel de Bruxelles, compétent pour les affaires maritimes, a finalement été reconnue. Lire : La Louise-Marie de retour à la maison. Entretien avec son commandant Carl Gillis et  Premier transfert d’un pirate pour jugement en Belgique

Mardi (24 mai). Saisie d’argent de rançon

Les forces de sécurité somaliennes saisissent, sur l’aéroport de Mogadiscio, 3,6 millions $ à bord de deux avions et arrêtent leurs occupants (Américains, Britanniques et Kenyans). Cet argent aurait pu servir, selon Andrew Mwangura le rédacteur en chef maritime de Somali Report, à payer les rançons de différents marins détenus par les pirates, le MV Yuan Xiang et le MV Suez. Les six hommes arrêtés étaient employés d’une société privée, Salama Fikira, basée dans l’Ile Maurice, selon le Daily telegraph. NB : C’est, à ma première connaissance, la première fois que de l’argent destiné à des rançons est saisie à l’aéroport.

Jeudi (19 mai). Des BMP bientôt obligatoires ? La Commission y réfléchit

Siim Kallas, le commissaire européen aux transports, l’annonce à Gdansk, à l’occasion de la journée maritime européenne. Invitant tous les opérateurs maritimes à appliquer les « best management practices » pour prévenir les attaques pirates, il confirme « réfléchir à la nécessité de rendre cette disposition obligatoire pour les navires naviguant dans les zones de pirates ». Une « attention particulière sera également accordée à une meilleure conception des navires pour dissuader la piraterie. Et la question des gardes armés doit être abordée ».

Mardi (17 mai). Rencontre sino-européenne franche et cordiale

Profitant d’une escale commune à Djibouti, les commandants de l’opération européenne anti-piraterie (CTF 468) et son équivalent chinois (TF 526), les Commander Gonzalo Parente de Castro et Zhou Zhicheng, se sont rencontrés. Un entretien, qui s’est déroulé explique au QG de Northwood dans une « atmosphère franche et cordiale », afin « d’échanger les impressions et idées sur comment combattre la piraterie et d’autres sujets maritimes ». La Chine a une présence quasi-permanente dans l’Océan indien – en ce moment le Maanshan et le Wenzhou, assistés du tanker Qiandaohu – et intégré la coordination multinationale au sein du Shade. Mais si Européens et Chinois partagent la même volonté de lutter contre la piraterie, les méthodes semblent parfois différentes. Les Chinois n’hésitent notamment pas à faire feu directement sur les bateaux qu’ils soupçonnent d’être des pirates. Méthode réprouvée par les Européens, même si ceux-ci veulent s’engager sur des méthodes un peu plus robustes, car elle pousse à l’escalade. Lire aussi : Visite chinoise au quartier général d’EUNAVFOR

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).