Accord Fatah-Hamas, la frontière entre Gaza et l’Egypte s’ouvre, et l’UE ?

(BRUXELLES2) L’accord survenu entre palestiniens du Hamas et du Fatah a été accueilli du bout des lèvres et avec une très grande prudence par la Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Cathy Ashton. « Je suis cette décision de former un gouvernement intérimaire avec une grande attention. L’UE a constamment appelé pour la paix et la réconciliation, sous l’autorité du président Abbas, mettant fin à la division entre la Cisjordanie et Gaza (…). Nous allons étudier les détails de cet accord et en discuter avec les collègues de l’UE et de la région ». (*)

Effectivement cet accord mérite d’être étudié dans le détail. Mais on peut y voir un évènement notable, non sans conséquences pour la région, le processus de paix israélo-palestinien comme pour le rôle de l’UE. Cela permet de sortir de l’impasse politique internationale, en permettant les discussions avec un seul interlocuteur palestinien (donc avec le Hamas). Conjuguée avec la réouverture du poste frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte – décidée par le nouveau régime égyptien – cet accord a au moins un avantage : mettre fin à un « trou noir » dans la frontière, nid de contrebande et de possibles réseaux terroristes. Et cela permet de remplir plusieurs des conditions posées au redémarrage de la mission de contrôle aux frontières (EUBAM Rafah) – qui est pour l’instant en « sommeil ».

Reste à savoir si les autorités, égyptiennes comme israéliennes, voudront accepter un contrôle international sur cette frontière. C’est de leur intérêt. Reste également au Hamas de faire un geste de bonne volonté en libérant le soldat franco-israélien Shalit. Ce n’est pas hors de portée (si l’intéressé est toutjours vivant). Et il n’est pas interdit – au rythme où vont les évènements dans le Moyen-Orient – qu’une annonce politique tacite, équivalent à une simili reconnaissance d’Israël pourrait être faite. Dans le cadre de l’objectif national des Palestiniens de proclamation d’un Etat palestinien en septembre, rien n’est tout à fait totalement impossible désormais.

(*) « On behalf of the EU, I am following the decision to form an interim Palestinian Government with great interest. The EU has consistently called for peace and reconciliation, under the authority of President Abbas, leading to an end to the division between the West Bank and Gaza and in support of greater security and stability across the region. We will study the detail of this agreement and discuss with colleagues in the EU and in the region. »

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).