Combien coûte le premier mois d’opération militaire en Libye aux alliés ? (Maj)

(BRUXELLES2/ Exclusif) Il est très difficile d’avoir une vision globale du coût des opérations en Libye pour les alliés. Déjà il est de tradition, dans la plupart des pays de tenir sinon secrets du moins très discrets le coût des matériels comme le nombre de bombes lâchées. De plus, entre les alliés, il n’y a pas le même mode de décomptage des cibles.

Un F16 norvégien sur la base de Souda, en Crète, le 25 mars 2011

Heureusement à partir de certains chiffres publiés par les autorités de plusieurs pays sur le coût de leur engagement et d’autres informations récoltées, on peut faire quelques évaluations et extrapolations.

On peut distinguer deux phases : avant la prise de contrôle par l’OTAN (où le rythme et donc le coût étaient intensif) et depuis cette prise de contrôle. Si on cumule les deux chiffres on arrive à un premier bilan compris au minium à 1 milliard d’euros et qui tend vers 2 milliards d’euros pour le premier mois de frappes.

Attention ! Ce chiffre indiqué pourra donc être révisé, à la baisse ou plutôt à la hausse, en fonction des corrections à opérer, de même que les éléments de « moyenne » pris en compte (coût d’une bombe, coût et nombre d’heures de vol…). Je ne prétends donc pas à l’exactitude scientifique mais à un ordre de grandeur.

Phase intensive = presque 1 milliard d’euros pour 15 jours (coalition)

Avant la prise de contrôle de l’OTAN, le coût étant important, ne serait-ce qu’en raison du nombre de sorties, d’heures de vols (plus longues – les Britanniques partaient ainsi du Royaume-Uni) et, surtout, du nombre et de la qualité de bombes et de missiles tirés (le Tomawahk coûte un peu plus cher que la bombe guidée laser GBU !). De source américaine, les huit premiers d’engagement – du 19 au 26 mars – ont ainsi coûté 550 millions $ (400 millions d’euros) au budget fédéral. Coté britannique, on chiffre au minimum à 45,5 millions $ (32 millions d’euros) le coût des 4 premiers jours. Jusqu’au 31 mars, on est ainsi proche du milliard d’euros (alliés compris : Français, Britanniques et Canadiens).

Phase de consolidation = environ 350 millions d’euros pour les 15 jours suivants (OTAN) / 700 millions d’euros en rythme mensuel

Depuis la prise de contrôle de l’OTAN, si on se base sur les chiffres fournis par l’OTAN, on arrive arriver à un coût mensuel minimal d’environ 700 millions d’euros (embargo maritime, surveillance aérienne et frappes).

environ 500 millions d’euros pour les heures de vol. Selon les chiffres de l’OTAN, il y eu 2583 sorties d’avions, du 31 mars au 16 avril. Le coût d’un avion engagé en surveillance aérienne ou en combat, revient à peu près au même (hors armements), et si on prend une moyenne de 3 heures par sortie (50 mns aller / 50 mns retour + ravitaillement et reconnaissance – ce qui est un minimum) et un coût moyen de 35.000 euros l’heure (le coût horaire est croissant entre l’Awacs, le F-16 et le Mirage qui se situent au-dessous des 30.000 euros l’heure, le DC10 ravitailleur, le Rafale et le Tornado à 40.000 euros/h, et l’Eurofighter à plus de 45.000 euros/h). Les ravitailleurs et Awacs ont en général un coût horaire légèrement inférieur mais à compenser par un nombre d’heures supérieur. La moyenne horaire en vol a une forte incidence sur les coûts de l’opération. Si la moyenne horaire augmente d’une demi-heure, le coût augmente d’un peu moins 100 millions d’euros. D’où l’intérêt de rapprocher au maximum les bases du terrain (porte-avions, Grèce ou Sicile plutôt que nord de l’Italie, nord de la France ou Royaume-Uni). Le début des opérations où les avions partaient du Royaume-Uni et de l’est de la France étaient très couteux. Une mission durant 5-6 heures minimum.

environ 100 millions d’euros de bombes. Le coût varie de 1 à 30 suivant le type de bombe ou missile utilisées (environ 15.000 à 60.000 euros unitaire pour une bombe GBU guidée laser à environ 750-800.000 euros pour un missile Scalp, Storm Shadow ou Brimstone en passant par 350.000 euros pour le missile A2SM). Et il est donc difficile de faire une évaluation. Selon les chiffres de l’OTAN, il y a en moyenne 15 cibles atteintes par jour. Si on compte 2 bombes pour 1 cible signalée atteinte, et qu’on considère que la plupart des cibles (80 à 90%) sont atteintes par des bombes GBU de moindre coût, on arrive à un chiffre d’environ 100 millions d’euros.

30 à 60 millions d’euros par mois pour l’embargo maritime. 18 navires engagés pour un coût variant entre 5 à 10 millions d’euros par navire pour 3 mois.

il faut ajouter à cela le coût du commandement, des liaisons et de l’observation satellite. Quelques dizaines de millions d’euros par mois.

Quelques éléments budgétaires « officiels »

Etats-Unis. L’engagement américain, quand les frappes étaient maximales car il s’agissait de neutraliser les installations libyennes, est de 550 millions de $ (environ 400 millions € (*) sur les huit premiers jours de l’opération, selon Geoff Morell, le porte-parole du Pentagone. Montant présenté devant le Congrès. Le passage en « mode soutien » a fait chuter le coût à environ 40 millions $ par mois.

Espagne. Le coût d’engagement du navire, des avions et d’un avion ravitailleur a été budgété à 25 millions d’euros sur 3 mois (5 millions par mois pour le navire et 10 millions pour 3 mois pour les avions). NB : les avions espagnols sont employés uniquement en surveillance aérienne.

Pays-Bas. L’engagement d’un navire et de 6 avions F-16 sur trois mois est budgété à 20 millions d’euros. NB : les avions néerlandais sont employés uniquement en surveillance aérienne.

Roumanie. L’engagement d’un navire sur 3 mois pour l’opération d’embargo maritime est budgété à 4,5 millions d’euros.

Royaume-Uni. Les 4 premiers jours de l’opération ont coûté 32 millions d’euros au budget britannique, selon le gouvernement.

(*) Sans compter la perte d’un avion F-15E. Mais il est difficile de l’évaluer au prix de remplacement. Car cet avion n’est plus tout à fait neuf.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 réflexions sur “Combien coûte le premier mois d’opération militaire en Libye aux alliés ? (Maj)

  • 16 avril 2011 à 22:12
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    On ne peut pas dire que le chasseur bombardier F-15E ait comme successeur le F-22 qui n’est qu’un intercepteur. C’est le F-35 qui est censé le remplacer – ou un autre appareil à concevoir dans les décennies qui viennent vu les capa citées plutôt limité de la bete, bien que les Australiens pour remplacer leur F-111 déclarent que le F-35 suffira… -.

  • 17 avril 2011 à 07:59
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    peut on avoir un commentaire sur l’utilisation de sous munitions par les pro kadafi ainsi que sur les mines anti personnel, l’utilisation du terme bombe par la presse peut preter a caution, pour le commun des mortels les bombes on comme vecteur un avion ou un helicoptere donc pas de no fly je pense plutot a des projectiles de mortiers ou lanceur roquettes

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