La première mission « réponse de crises » du service diplo. Utile !

(BRUXELLES2 / Analyse) La première mission du service diplomatique – dans un format complet – sur un terrain de crise, à Benghazi (Libye), mérite tout de même quelques lignes supplémentaires.

Une délégation regroupant des visions différentes

La composition de cette délégation était intéressante. Une dizaine de personnes. Des diplomates et gestionnaires de crises du SEAE, des spécialistes de l’Instrument de stabilité et du développement de la DG DevCo (Nb  : les délégués d’ECHO, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne, étaient déjà sur place) ainsi que deux experts des délégations de l’UE « frontalières » (Le Caire et Tunis). Soit un mix diplomate-sécurité-développement-politique très intéressant qui porte, d’une certaine façon, la marque indiscutable du nouveau service diplomatique européen (1).

Les deux premières missions exploratoires rapides, l’une à Tripoli, l’autre à Benghazi, suivie cette fois d’une mission plus approfondie d’une semaine complète, ont ainsi permis de prendre la température. Le fait de rassembler diverses compétences permet d’éviter d’avoir trois-quatre missions différentes qui seraient parties de Bruxelles. L’analyse rapportée est ainsi plus complète et plus raffinée, comme peut le montrer le compte-rendu fait hier.

Une expertise globale consolidée plus rapide

Les vieux de la vieille me diront sans doute que cela n’est pas la première fois, que « nous faisons cela régulièrement depuis des années »… Certes. Mais c’était quand même plutôt rare. Souvent aussi, cela ne se passait pas comme çà. Chaque direction de la Commission et du Conseil partait de son coté, ramenant d’excellentes évaluations qui pouvaient diverger, tout simplement car les visions de départ n’étaient pas les mêmes. Si la mission « commune » du SEAE peut avoir comme utilité de faire en quelques jours une évaluation avérée, consolidée au vu des discussions sur place entre les différents experts, on gagne quelques semaines, voire quelques mois, et on économie quelques solides, petites, batailles de couloir. Ce gain est sans doute peu visible. Mais si ce gain existe, il est plutôt heureux.

L’utilité de la structure réponses de crises du SEAE

Cela démontre également l’utilité du poste « Réponse de crises » qui trouve ainsi sa première mise en pratique sur le terrain. Une analyse rapide pouvait conclure que ce poste n’avait pas sa justification. Et, effectivement, dans ce milieu policé, « coincé » entre des diplomates, des administratifs et des militaires, le département « réponses de crises » avait à prouver son utilité. C’est désormais chose faite, selon moi. Il faut, sur ce point, rendre grâce à la direction du SEAE d’avoir su imposé un point de vue, qui n’était pas automatiquement celui de la majorité ni au sein des équipes du SEAE comme des équipes de gestion de crises de la PeSDC, ou des acteurs humanitaires classiques européens (ECHO…) qui regardaient tous un peu l’équipe Miozzo avec méfiance, ou au moins circonspection.

Et maintenant…

Reste maintenant à transformer l’essai. NB : Une mission similaire est en préparation vers la Côte d’Ivoire, cette fois ! On pourrait aussi se demander si une mission similaire ne serait pas nécessaire au Yemen (2), où le risque sécuritaire me semble autrement plus conséquent qu’en Libye…

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).