Entre l’OTAN et l’UE, Chypre sème le trouble. La Turquie met la pression (Maj)

La salle de réunion de la ministérielle "Affaires étrangères" à Berlin (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Berlin n’avait pas que la Libye à l’agenda. Un autre dossier délicat était aussi sur la table : la coopération OTAN-UE. Et, là aussi, le dialogue a été difficile, voire orageux, entre les différents participants si l’on en juge par quelques éléments de conversation qui ont fuité dans la presse turque. C’est la question chypriote qui a semé le trouble et fait monter le ton, notamment, entre le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davuto?lu, et son homologue tchèque, Karel Schwarzenberg.

A Berlin, toute la pression porte sur Chypre

Tout a commencé, quand le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen, a redit avec vigueur sa détermination à faire aboutir un accord de coopération OTAN-UE. « Cette coopération n’est pas possible et mine nos réunions » a-t-il expliqué, redisant la nécessité que Chypre permette à la Turquie de participer aux réunions conjointes à l’Agence européenne de défense. « Je suis d’accord » a approuvé la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton (*).

Laisser entrer Chypre dans l’UE était « une erreur »

Le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davuto?lu, a alors expliqué tout l’engagement européen de la Turquie, mais aussi toute la complexité du problème chypriote « Il faut définir ce qu’est Chypre tout d’abord si elle représente aussi les Turcs, il faut les laisser siéger à la table. Si elle représente l’administration chypriote grecque, alors il faut laisser définir la RTCN (Chypre Nord) » Il ensuite souligné combien « Laisser entrer Chypre dans l’UE sans résoudre la question chypriote a été une erreur. Tout le problème vient de là »

Schwarzenberg a alors vu rouge : « Nous soutenons l’adhésion de la Turquie à l’UE. Mais, pour nous, un pays qui n’appartient à l’UE ne peut pas nous donner de leçons et interférer dans nos affaires intérieures. »

Les Européens ont cédé au chantage de la Grèce, dit la Turquie

Ahmet Davuto?lu ne s’en est pas laissé conter et a fait un petit cours d’histoire : « Nous sommes le plus ancien de la famille ici. Nous étions là quand vous êtes arrivés. » Faisant référence à la Grèce sans la nommer, il a expliqué que « ce pays avait lié son approbation à la candidature des pays d’Europe de l’Est à l’Union européenne à celle de l’administration chypriote grecque de Chypre Sud ». Mais quand les pays d’Europe de l’Est ont frappé le même jour à la porte de l’OTAN, « plusieurs pays de l’Union européenne sont venus voir la Turquie et nous ont que si nous bloquions ces candidatures, nous pouvions obtenir l’entrée. Mais la Turquie, pays d’Europe orientale en raison de liens historiques n’a pas fait un tel chantage. Nous n’avons pas fait de chantage c’était peut-être une erreur . Le propos du ministre tchèque me fait donc de la peine. (…) Pourquoi, avez-vous essayé de résoudre le conflit entre la Croatie et la Slovénie. Car il ne peut y avoir de conflit frontalier entre pays membre de l’UE. (…) Si vous vous souciez de la relation OTAN-UE, alors il faut résoudre le problème de Chypre. L’administration chypriote grecque de l’UE peut me bloquer. Et je dois lui dire de s’asseoir sur un pied d’égalité ici, en face de moi alors ? Ca, jamais de la vie. Vous devez vous ôter cela de la tête »

Schwarzenberg s’est excusé. Le Britannique William Hague a approuvé le ministre turc « Malheureusement c’est vrai ». Catherine Ashton a suivi, s’étonnant de la vigueur des propos du Turc « c’est la première fois que je vous vois aussi nerveux ». Tout est alors entré en ordre, enfin presque. Davuto?lu a pu conclure : « Il ne faut pas rouvrir de nouveau cette question. A chaque fois, je vous le dis. Soit le problème avec Chypre est résolu. Soit cela ne sert à rien de remettre cette question à l’ordre du jour. » Rasmussen a esquissé : peut-on au moins en discuter de façon informelle ? Davuto?lu a répliqué : « Je vous l’ai déjà dit, officiellement un représentant de l’administration grecque Chypre ne peut pas s’asseoir, là, en face de moi »

Fermez le ban !

(*) On peut remarquer que la Haute représentante de l’UE a pris le parti de défendre la position turque au sein de l’UE plutôt que l’inverse. Selon nos informations ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle exprime, sur la Turquie, des opinions personnelles en faisant des promesses qui ne sont pas partagées par les 27.

(Mise à jour) En grisé : quelques éléments ont été précisés, avec une traduction complémentaire. Merci à mes amis turcs pour leur aide.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Entre l’OTAN et l’UE, Chypre sème le trouble. La Turquie met la pression (Maj)

  • 18 avril 2011 à 08:28
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    la position de la baroness est celle de Londres ! Tout simplement ! Qui la contrôle dans l’UE ?

    Quelle est la ligne politique de l’UE sur ces questions ? Qui la fixe ? Qui la conduit ? ….

    Nous allons passer de bons moments lorsque Chypre va assurer la présidence du Conseil dans quelques mois …..

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