Dernières nouvelles de la piraterie (10 avril 2011)

(BRUXELLES2) Cette semaine a été marquée par une reprise des poursuites de pirates en justice. Rompant avec l’habitude prise ces derniers mois de libérer les pirates, les forces internationales ou nationales (Emirats arabes unis et Pays-Bas) qui appréhendent des suspects tentent, au maximum, de les faire juger sur place ou les rapatrient dans leur pays pour y être jugés. Une nécessité ! Selon une estimation d’un militaire européen, « on constate plusieurs cas de récidives parmi les pirates. En clair, des suspects avaient déjà été appréhendés puis libérés. Grâce au système d’identification, on peut estimer ce chiffre à environ 10% de pirates« .

Dimanche (10 avril). La marine iranienne déjoue une attaque sur un supertanker iranien.

Le Voyager 1, un supertanker iranien a échappé à une attaque pirates de deux skiffs pirates au large de la côte sud-ouest du Pakistan, annonce l’agence Fars qui reprend un communiqué de la marine iranienne. Celle-ci est intervenu et a mis en fuite les pirates. On ne connait pas s’il y a des victimes lors des échanges de tirs. Un autre tanker iranien, le Najm, avait échappé à une attaque similaire en début de semaine (le 4 avril) dans le Golfe d’Aden.

Dimanche (10 avril). L’armée indonésienne engagée contre les pirates ?

L’armée indonésienne pourrait être engagée pour libérer des otages des pirates, relate la presse nationale. « Nous envisageons cette possibilité » a expliqué le porte-parole de la Navy.

Samedi (9 avril). Mission anti-piraterie annulée pour le LV Le Hénaff

L’avis LV Le Hénaff qui faisait escale à Souda avant de passer le canal de Suez pour rejoindre la mission anti-piraterie a reçu un nouvel ordre de route. Pas de Suez ni de pirates, direction le large de la Libye.

Vendredi (8 avril). Un navire allemand piraté à seulement 35 milles des côtes d’Oman.

MV SUSAN KUn cargo allemand, le Mv Susan K, battant pavillon de Antigua & Barbuda a été capturé par une dizaine de pirates à 200 milles au nord-est de Salalah (Oman) ou 35 milles seulement des côtes omanaises, alors qu’il était en chemin vers Port Soudan à partir de Mumbai (Inde).  L’équipage comprend 4 Ukrainiens et 6 Phliippins. Le navire était enregistré au MSCHOA

Jeudi (7 avril). Un pétrolier grec libéré contre rançon

Le supertanker grec Irene SL – d’une capacité de 319.000 tonnes – capturé le 9 février dernier, avec son équipage de 25 personnes (17 Philippins, 7 Grecs, 1 Géorgien), est libre. Une rançon de 13,5 millions $ a été payée, ont indiqué des pirates à l’agence Reuters.

Jeudi (7 avril). Pas de marines allemands à bord des navires marchands

La marine allemande ne pourra pas accompagner ou mettre à bord de ses navires marchands des militaires, comme le demandait l’industrie maritime. « Ce n’est pas faisable d’un point de vue logistique, juridique et administratif… » a expliqué Thomas Kossendey, secrétaire d’Etat parlementaire à la Défense. « Je ne vois comment nous pourrions avoir le nombre d’unités nécessaires. Nombre de partenaires d’Atalanta sont plutôt radins en termes d’unités mises à disposition… Et je ne vois aucune inclinaison à l’augmenter. »

Jeudi (7 avril). 25 ans de prison aux USA pour un pirate.

Jama Idle Ibrahim, un somalien de 39 ans a été, à nouveau, condamné à Washington par un tribunal fédéral à 25 ans de prison pour avoir attaqué, en novembre 2008, un navire commercial danois, le MV CEC Future, transportant des marchandises américaines et pris en otage son équipage. C’est sa deuxième condamnation aux Etats-Unis. Il avait déjà condamné à 30 ans de prison en Virginie pour avoir participé à l’attaque contre le navire militaire USS Ashland, dans le golfe d’Aden, en avril 2010.

Jeudi (7 avril). Un dhow iranien utilisé comme bateau-mère repris par la marine espagnole

Le dhow iranien accosté par un bateau de visite du Canarias (crédit : marine espagnole)

La frégate espagnole « Canarias » – qui participe à l’opération européenne Atalanta – libère un bateau de pêche iranien, détenu depuis 5 mois par les pirates somaliens. Le dhow avait été repéré à 150 milles environ de la base pirates de Garacad (Somalie). La visite à bord a permis d’appréhender sept suspects et de saisir divers matériels habituellement utilisés par les pirates (dont 5 lance-grenades RPG et un skiff). Ils attendent des instructions sont attendues.

Mercredi (6 avril). 18 suspects arrêtés par les Finlandais.

La frégate finlandaise FNS Pohjanmaa – qui fait partie de l’opération EUNavfor Atalanta – a désarmé un groupe pirates à environ 250 milles au sud de Salalah (Oman). Ce bateau-mère et deux skiffs étaient soupçonnés d’avoir, la veille, tenté de capture un navire marchand. Pour stopper les suspects, les Finlandais ont effectué des tirs de semonce. 18 suspects ont été appréhendés ainsi qu’une « quantité importante d’essence« . C’est la première action de force de la frégate finlandaise depuis son engagement. Le bateau-mère a été coulé. Après avoir examiné les possibilités de recours, le parquet finlandais a cependant conclu, le 8 avril, qu’aucune action du point de vue du droit finlandais ne pouvait être engagée. Les suspects sont, pour l’instant, gardés à bord. « Leur état de santé est bon« , a expliqué le capitaine du navire, Mika Raunu.

Mardi (5 avril). 10 pirates seront jugés aux Emirats.

Les dix pirates pris en flagrant délit lors de l’attaque du MV Arrilah I par les forces commandos des Emirats (avec l’aide du groupe naval américain de l’USS Enterprise) ont été débarqués à terre à Mina Zayed, pris en charge par la police, pour être livrés à la justice des Emirats. Ils devraient être jugés devant un tribunal fédéral criminel de première instance. Ce sera le premier procès de la sorte devant la justice des Emirats. Un marin du navire a été blessé lors de l’assaut.

Mardi (5 avril). Des gardes armées sur les navires indiens.

Le gouvernement indien étudie la possibilité pour les compagnies maritimes de recruter des gardes armés à bord de leurs navires, selon un porte-parole de la Navy. Les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et du commerce travaillent sur la question pour établir un cadre législatif (soit une loi, soit un « arrêté » immédiatement exécutoire) à la demande de l’industrie. Ce pourrait être – comme le mentionne la presse indienne – plutôt d’anciens membres de la Navy. Reste à régler plusieurs problèmes comme la formation, l’encadrement de ces gardes et leur statut dans le port de destination.

Lundi (4 avril). Deux skiffs pirates désarmés et libérés.

La frégate turque TCG Giresun (engagée dans l’opération de l’OTAN Ocean Shield) a appréhendé deux skiffs suspects (pirates) à environ 70 milles des côtes somaliennes. Les skiffs suspects avaient été repérés dans le couloir international de transit (IRTC) du Golfe d’Aden par un avion de patrouille japonais. Les photographies aériennes avaient permis d’identifier des armes et divers matériels qui ne laissaient pas trop de doute sur les intentions de ses occupants. La frégate turque qui était à proximité a été chargée d’appréhender les « gaillards ». Assistés de l’hélicoptère de bord, les bateaux rapides ont arrêté les deux skiffs, découvrant munitions pour fusils d’assaut, lance-grenades et échelles. Les suspects, une fois désarmés, ont été… libérés.

Lundi (4 avril). Un baleinier détruit

Le navire espagnol  «Infanta Elena», qui participe à l’opération européenne Eunavfor Atalanta, intercepte, à 89 miles nautiques au sud de Mombasa (Kenya), un navire de type baleinier avec deux pirates présumés. A bord, trois téléphones portables, une radio, des cartouches d’AK-47, neuf barils de carburant et quatre d’eau, et quelques crochets et matériel d’abordage. Mais rien de suffisant pour permettre une traduction en justice. Le baleinier est détruit, les suspects libérés et ramenés à terre. NB : les autres suspects avaient déjà fuit à bord de deux skiffs.

Dimanche (3 avril). Echange musclé entre pirates et marines néerlandais, 2 pirates tués.

Les RHIB partent à l'abordage du dhow, les suspects tenus en respect par l'hélicoptère (crédit : marine néerlandaise)

La frégate néerlandaise HMS Trump – qui fait partie de l’opération anti-piraterie de l’OTAN – a libéré un navire de pêche iranien qui était utilisé par les pirates comme bateau-mère. Les Néerlandais avaient envoyé deux bateaux de visite pour examiner ce bateau, signalé comme suspect. L’échange a été musclé. « Les suspects ont tiré sur nos navires » précise la marine. 2 pirates ont été tués. 10 pirates ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de fuir à bord de skiff et 6 autres arrêtés sur le bateau. « Après examen, Les corps ont été jetés à l’eau. En raison de la température, il n’était pas possible de les garder à bord » a déclaré un porte-parole de la Défense. Les 16 marins-pêcheurs, retenus en otage à bord depuis 4 mois, ont été libérés. Mercredi (6 avril), les 16 pirates survivants ont été inculpés par un juge néerlandais, , et placés en détention à bord. Ils sont suspectés de tentative de meurtre. « Les pirates ne semblent pas avoir agi sur une impulsion mais avec l’intention de tuer« , estime-t-on au parquet néerlandais. Ils pourraient donc être rapatriés et jugés par un tribunal néerlandais. Ce serait le premier cas européen où des pirates sont jugés non pas pour acte de piraterie mais aussi pour tentative de meurtre sur des soldats. NB : cette possibilité de saisine des juridictions européennes, hormis toute compétence spéciale en matière de piraterie, pourrait davantage être utilisée.

Vendredi (1er avril). Le débat sur la présence de gardes armés à bord continue aux Pays-Bas.

Le rapport du Conseil consultatif des Affaires internationales (AIV) donne une claire distinction entre les responsabilités privées et publiques. Ce sont les armateurs et les capitaines qui sont, en premier lieu, responsables de la sécurité de leurs navires. Mais l’utilisation de gardes armés privés à bord menacerait le monopole de l’Etat de l’usage de la force. Le gouvernement néerlandais préconise deux voies de réflexion : renforcer les mesures d’auto-protection à bord des navires. « . Et pour un « petit nombre de navires vulnérables », au « gouvernement, dans certaines circonstances d’assurer la protection du transport maritime ». Un groupe de travail présidé par le professeur de Wijkerslooth planche sur la question.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).