Ce qui manque à l’OTAN en Libye ? Plus d’avions, frappant mieux et plus vite

visée de frappe (Crédit : Royal Air Force / Otan)

(BRUXELLES2) Les ministres français et britannique des Affaires étrangères l’ont dit, chacun à leur manière, ces derniers jours, et ils vont le répéter à Berlin jeudi, lors de la réunion formelle des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance atlantique : l’OTAN n’en fait pas assez en Libye, elle doit, elle peut faire plus. Que signifie, en pratique, ce coup de gueule ?

Mention insuffisant pour l’OTAN

Le Français Alain Juppé a été le plus direct, déclenchant le premier tir mardi matin : « L’Otan a voulu prendre la direction militaire des opérations, nous l’avons accepté, elle doit jouer son rôle aujourd’hui, c’est-à-dire éviter que Kadhafi n’utilise des armes lourdes pour bombarder des populations. » a-t-il déclaré au micro de France-Info, estimant que l’OTAN ne jouait « pas suffisamment » sont rôle. Et il a ensuite ajusté la sentence, à la sortie du conseil des ministres de Luxembourg : « Il n’est pas acceptable que Misrata continue à être sous le feu des bombardements des troupes de Kadhafi. Il faut être plus efficace. Quand on tire au canon sur Misrata, c’est qu’il y a bien des canons qui doivent être localisables quelque part et qui peuvent être neutralisés ».

Son homologue britannique William Hague a été moins direct mais tout aussi déterminé : « We must maintain and intensify our efforts in Nato. That is why the UK has in the last week supplied additional aircraft for striking ground targets threatening the civilian population of Libya »

Ce que cela signifie ?

L’opération de l’Alliance doit plus « robuste et dynamique », comme l’explique un diplomate, fort diplomatiquement. Concrètement, « la mission de protection des civils doit être pleinement assumée. Et au-delà des frappes sur les installations fixes – radar artillerie, – il faut aussi viser des cibles d’opportunité, mobiles. » En clair, malgré sa force sur le papier, sur le terrain l’opération de l’OTAN reste un peu rachitique et un peu lente. Deux problèmes, deux équations à résoudre séparément qui reviennent au même…

Avoir plus d’avions, frappant mieux et plus vite ?

1er problème : Beaucoup d’avions en l’air, peu d’avions efficaces

Cela ne signifie pas nécessairement davantage d’avions. Mais une meilleure répartition. L’opération « Unified protector » souffre de « lacunes capacitaires, avec un excédent de besoins concernant la zone aérienne et un manque d’avions pour la frappe au sol ».

Aujourd’hui, seuls 6 alliés sur les 28, que compte l’OTAN, participent aux frappes air-sol. Selon les éléments récoltés, il s’agit du Danemark (4 avions F-16 opérationnels, 2 en réserve), de la Norvège (idem), de la Belgique (idem) et du Canada (6 avions CF18), soit 18 avions disponibles. Résultat, la France (avec 18 avions Rafale et Mirage 2000D et une dizaine sur le Charles de Gaulle, hors contrôle OTAN) et le Royaume-Uni (8 Tornado GR4 augmentés à 12 + 10 Typhoons qui viennent de faire leur première frappe depuis leur engagement) assurent « plus de 50% des sorties » pour frappe.

Ce qui pose aussi, au passage, un « problème politique » ; toute la charge de l’opération reposant sur ces deux pays qui ont, ainsi statistiquement, plus de probabilité de supporter une bavure. On pourrait ajouter : cela pose un problème financier. Chaque Etat finançant ses propres avions engagés et l’armement dépensé… Ce n’est pas rien.

Une dizaine d’avions manquant

Il manque une dizaine d’avions par jour, selon le commandement militaire de l’opération. Tout l’effort du couple franco-britannique à Berlin va donc se porter sur les 4 alliés présents dans l’opération (pour qu’ils s’engagent un peu plus, retirent certains caveats) mais surtout sur ceux qui engagés du bout des lèvres : l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suède qui assurent des « ronds dans l’air » pour maintenir une « No Fly Zone », déjà effective, alors qu’ils ont tous des avions (F-16 multirôles ou Gripen) qui pourraient techniquement être utiles sur les frappes.

Encore faut-il que les gouvernements les y autorisent. Précisons que dans 4 Etats, une autorisation du Parlement est nécessaire : sans doute plus facile à obtenir en Italie (où le processus parlementaire semble déjà engagé en ce sens) qu’aux Pays-Bas, avec une assemblée plus réticente à une frappe de force).

2e problème : Une Alliance lente à dégager son flingue

Les règles d’engagement adoptées au début de l’opération sont aussi robustes que celles engagées par la coalition » assure un expert français. Mais « il existe aujourd’hui certaines contraintes techniques ». Les ATO (Air Tasking Order ou ordre de vol), par exemple sont établis pour les 72 heures suivantes. Ils peuvent être modifiés au besoin dans ce laps de 3 jours. Résultat : le temps de réaction de l’Alliance est aujourd’hui encore « un peu lent ».

Il faudrait réduire ce temps « à quelques heures, voire moins ». Ce qu’on appelle en termes militaires avoir une « boucle courte », un temps de réaction raccourci entre la frappe et la reconnaissance, développer une plus grande flexibilité opérationnelle, avoir « un peu plus d’autonomie et de souplesse sur le terrain ». Ce qui permettrait ainsi d’attraper des colonnes de chars en mouvement ou de faire face aux imprévus.

NB : La présence d’avions américains spécialisés dans l’action anti-tanks comme l’A 10 Thunderbolt – qui peut se déplacer à basse altitude et basse vitesse – ou le bombardier AC-130 (bâti sur la structure du C-130 et lourdement armé) ne serait ainsi « pas nécessaire », si ces deux équations sont remplies, pour avoir une action plus efficace sur le terrain.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).