Action humanitaire en Libye. Britanniques et Turcs prennent l’UE de vitesse

(BRUXELLES2) Turcs, Britanniques et Américains ont décidé de coordonner leurs efforts pour répondre aux besoins urgents humanitaire en Libye. Une équipe de planification humanitaire va être basée à Ankara ; un conseiller britannique va les rejoindre a annoncé le DFID, le département de la coopération britannique. D’ores-et-déjà des premières opérations ont commenté : les Britanniques portant leur effort sur l’est de la Libye, autour d’Ajdabiya, les Turcs sur Misrata et l’ouest de la Libye. Cette action s’inscrit en complément (!) de la mission de l’Union européenne en cours de préparation (EUFOR Libya).

Action du DFID britannique

Le département de la coopération (DFID) a annoncé envoyer 2.100 tentes pris sur le dépôt de Dubai pour permettre d’héberger plus de 10.000 personnes chassées de leurs foyers. Deux coordinateurs aériens britanniques ont également été positionnés pour coordonner les opérations : l’un à l’aéroport tunisien près de la frontière libyenne, tandis que l’autre restera à Genève au siège de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils seront tous deux chargés de coordonner les vols de rapatriement des ressortissants de pays tiers.

Task force humanitaire de la Royal Navy

Le Liverpool en exercice de tir missile anti-aérien Sea Dart au large de l'Ecosse, fin mars (crédit : Royal Navy)

La Royal Navy va envoyer une taskforce de 600 marines et d’au moins six navires en Libye cette semaine pour effectuer une mission de ravitaillement d’assistance médicale à la population des zones rebelles, a précisé le Times aujourd’hui. Des marines seront déployés dans les ports pour protéger les débarquement. Devrait y participer la Cougar Task Force, formée du navire amiral de la Royal Navy, le navire de débarquement Albion (LHD5) et de quatre navires de soutien. Le HMS Liverpool qui est arrivé à Gibraltar ce week-end et doit quitter l’enclave britannique, lundi, les escortera. Ce destroyer de type 42 aura aussi pour fonction de relever le HMS Cumberland qui termine sa mission dans la région.

Rapatriement de blessés de Misrata

Un ferry civil, le MV Ankara, a commencé à rapatrier environ 250 blessés de Misrata. Il a dû patienter plusieurs jours au large avant de pouvoir accoster dans la ville assiégées par les forces pro-Kadhafi. Les blessés sont arrivés par des véhicules civils ou des ambulances débarquées du navire qui ont été les chercher dans les hôpitaux ou cliniques de fortune de la ville. Le MV Ankara a été escorté par un navire de la marine turque, le TCG Y?ld?r?m selon le blog Turkish Navy, ainsi que plusieurs F-16 turcs – une douzaine d’avions de chasse assistés d’avions ravitailleurs de la base de ?ncirlik se sont relayés pour assurer la sécurité du navire. Le ferry est reparti samedi soir vers  Benghazi pour embarquer d’autres blessés et rapatrier plusieurs dizaines de Turcs et d’autres Européens. Il doit arriver en Turquie à Çe?me.

Mobilisation américaine

Coté américain, le groupement amphibie constitué autour de l’USS Bataan (LHD5) avec l’USS Mesa Verde et l’USS Whidbey Island devrait se déployer en Libye, en relève de l’USS Kearsage. Il comprend un hôpital de bord de 600 lits et transporte 2000 Marines, notamment du 22e MEU (Marine Expeditionary Unit) basé à Camp Lejeune (Caroline du Nord).

NB : les Emirats arabes unis vont continuer d’envoyer une aide par la route. Un convoi de 40 camions de 28-30 tonnes chacun, affrêté notamment par la Fondation islamique de Dubai, devrait passer par la frontière égyptienne libyenne de Salloum, annonce l’agence Wam.

Commentaire : une action “humanitaire” très politique

Si les besoins existent en Libye et aux postes frontières, on ne sera pas vraiment étonné de voir que les Turcs – qui poussaient très fort à une implication de l’OTAN dans une opération humanitaire –  les Britanniques – toujours aussi réticents à l’existence de toute nouvelle mission de la politique européenne de défense et de sécurité (PeSDC) – et les Américains – qui ont décidé de retirer une partie de leurs moyens des opérations militaires de l’OTAN mais veulent rester présents dans la région – aient choisi de joindre leurs efforts.

L’action “humanitaire” a l’avantage d’avoir un haut “rendement médiatique” tant au niveau national qu’auprès des populations arabes, comme de répondre à certains besoins. On peut remarquer que cette opération ne s’embarrasse pas de la nécessaire “demande” de l’ONU comme l’ont fait les Européens pour l’opération “Eufor Libya” (qui a été décidée mais n’a toujours pas été lancée). Elle répond logiquement, de façon assez légitime, aux besoins qui existent.

On ne sera pas non plus étonné du “double-jeu” britannique, qui se manifeste ainsi une nouvelle fois, freinant d’un coté les opérations de l’UE et développant, de l’autre, des opérations qu’on peut qualifier d'”alternatives”, “complémentaires” ou de “concurrentielles”. Cela a déjà le cas dans plusieurs opérations (anti-piraterie Atalanta / Otan , coordination des évacuations de Libye). On comprend ainsi mieux comprendre la “prudence” de la Haute représentante (britannique) de l’UE à planifier une opération de l’UE en avançant deux explications : soit la volonté de ne pas développer la PeSDC, soit s’être fait rouler dans la farine à la fois par le secrétaire général de l’OTAN et ses compatriotes à Londres… soit les deux !

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).