Quand l’UE(O) menait un embargo maritime conjoint avec l’OTAN. Un exemple pour aujourd’hui ?

Equipe de visite canadienne, pour l'opération Sharp Guard (crédit : OTAN)

Il y a 20 ans, l’Europe n’avait pas de politique de défense. Et c’était l’Union pour l’Europe occidentale qui était en charge de ces questions. Une organisation, qui n’avait sans doute pas la consistance de l’Union européenne actuelle mais n’en a pas moins mené plusieurs opérations. Au début des années 1990, elle assure ainsi d’abord en solo, puis conjointement avec l’OTAN, une opération de surveillance maritime et aérienne au large de l’ex-Yougoslavie de contrôle de l’embargo sur les armes décrété par les Nations-Unies.

Deux missions en solo de l’UEO et de l’OTAN

Réuni à Helsinki, le 10 juillet 1992, le Conseil des ministres de l’UEO (*) décide que les forces navales de l’UEO participeront en Adriatique à la surveillance de l’embargo décrété à l’encontre de l’ex-Yougoslavie aux Nations-Unies. Ce sera l’opération SHARP VIGILANCE jusqu’à novembre 1992 puis SHARP FENCE jusqu’à juillet 1993. L’OTAN mène également à l’époque sa propre opération (dénommée MARITIME GUARD). « C’était vraiment étrange d’avoir sur le même lieu deux opérations similaires avec des règles différentes, voire dangereux« , explique Willem van Eekelen, ministre de la défense néerlandais, secrétaire général de l’UEO jusqu’en 1994 (interviewé en 2009 par le CVCE).

Une seule mission conjointe UEO-OTAN

Le 8 juin 1993, les Conseils de l’UEO et de l’OTAN approuvent, sous couvert de la résolution 820 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le concept d’une opération conjointe en mettant en place un commandement unique pour l’opération « SHARP GUARD », prévue pour débuter le 15 juin 1993. Elle dure trois ans et se termine le 15 juin 1996. Elle vise à contrôler sur mer l’embargo sur les armes et empêcher les navires non autorisés à pénétrer dans les eaux territoriales de la Serbie-Montenegro. Elle s’accompagne d’une surveillance aérienne.

Un commandement commun est constitué, sous la direction d’un amiral italien, Carlo Alberto Vandini (commandant en chef des forces de l’OTAN à Naples). La CTF 440 compte alors une vingtaine de navires, d’une dizaine de pays (France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Grèce, Royaume-Uni, USA, Canada, Turquie, Norvège).

Bilan

Au cours de cette opération, l’UEO déploie quatre navires et une demi-douzaine d’avions de patrouille maritime et de détection lointaine (Awacs). Coté français, plusieurs navires furent successivement engagés : la frégate Georges Leygues (2), l’aviso Destroyat ou l’aviso Drogou. Un élément d’état-major UEO restreint a assuré le contrôle de l’un des groupes navals conjoints tandis qu’un autre était détaché auprès du QG du COMNAVSOUTH à Naples. Au bilan, quelque 74.000 interpellations ont été menées, près de 6 000 bâtiments ont été inspectés en mer et plus de 1.400 déroutés et inspectés au port. Six ont été interceptés alors qu’ils tentaient de violer l’embargo.

(1) Sont membres de l’UEO 9 puis 10 (avec la Grèce) des 12 Etats membres de la Communauté européenne (la CEE sauf le Danemark, l’Irlande).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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