L’Eurofighter Typhoon : tellement plus beau, mais tellement plus cher !

Voilà un rapport qui mériterait d’être affiché et distribué largement dans la maison « Dassault ». Le concurrent européen, l’Eurofighter (alias « Typhoon » outre-Manche), a subi une attaque en piqué du National Audit Office (la Cour des comptes britannique). Un rapport remis, mercredi au parlement, qui pointe plusieurs défauts du projet : le dérapage des coûts, comme le retard à atteindre la pleine capacité en avion multirôle sont particulièrement mis en exergue.

Les coûts dérapent

C’est le principal reproche. Le coût du projet Typhoon a considérablement augmenté. En dépit de la décision du ministère de réduire la commande de 72 aéronefs (la commande initiale est ainsi passée de 232 à 160), les coût de développement et de production des avions ont augmenté de 20%, portant la facture à £ 20,2 milliards £. Soit une « augmentation de 75% du coût unitaire de chaque avion », pointe le NAO. Quant au coût de l’appui de chaque appareil, il a également augmenté d’un tiers. Lorsque l’avion quittera le service, selon l’évaluation du Ministère, il aura coûté finalement 37 milliards £ au budget de la Couronne.

La transformation en multi-rôle coûte en temps et en argent

L’avion avait été conçu principalement pour répondre à un rôle de combat air-air, mais, avec le « changement de l’environnement opérationnel« , il a été décidé de faire une mise à niveau pour disposer d’un avion entièrement multi-rôle qui puisse mener à la fois des missions air-air et d’attaque au sol. Cette « mise à niveau » a coûté au ministère de la Défense britannique « un total de 564 millions £ ». Et un retard opérationnel. « Si le Typhoon peut actuellement effectuer d’importantes tâches opérationnelles, sa pleine capacité multi-rôle ne sera pas disponible avant un certain nombre d’années. (…) Il est peu probable qu’il soit l’avion de prédilection pour la plupart des missions d’attaque au sol avant 2018 » souligne le rapport. NB : il y a actuellement 70 avions Typhoon en service au Royaume-Uni.

Mauvaise prévision du ministère et mauvaise coordination entre les partenaires

La cause de ce dérapage selon le NAO est multiple. Tout d’abord, une base de départ un peu trop « optimiste » (un classique des marchés de défense). Puis le projet a souffert de différentes décisions pour essayer d’équilibrer le budget de la Défense (un autre classique). Enfin le ministère n’a pas su prévoir quel niveau de coût le projet allait atteindre. « Rien de tout cela ne suggère une bonne maîtrise des coûts, d’avoir eu à l’esprit le bon usage de l’argent public » assène Amyas Morse, directeur du National Audit Office (*). Au surplus, il existe différents problèmes avec des pièces de rechange et le soutien, ce qui fait que Royal Air Force ne peut voler avec le Typhoon autant qu’elle l’avait prévu. Le rapport remarque également que les objectifs des quatre pays partenaires du projet (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni) n’étaient pas totalement alignés et que le processus de prise de décision trop lent.

(*) None of this suggests good cost control, a key determinant of value for money

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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