Les 27 vont donner leur feu vert à une opération PSDC de soutien humanitaire en Libye (Maj)

(BRUXELLES2/exclusif) Les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement (1) devraient donner le “feu vert” politique à une opération humanitaire de l’UE aux frontières de la Libye, en prenant “note” des projets de planification en cours. Les ambassadeurs du COPS – le comité politique et de sécurité de l’Union européenne – ont en effet approuvé ce matin (jeudi 24 mars), par voie de procédure écrite, le concept de gestion de crises (CMC) de cette opération de la PeSDC. Ce qui est la première étape nécessaire à la poursuite concrète de la planification. Il faudra maintenant écrire la décision (action commune), le Conops (concept d’opération) et l’OpPlan (plan d’opération). Les experts pourraient se mettre rapidement au travail pour écrire ces documents (un seul document pourrait tenir lieu de Conops et d’OpPlan), définir les moyens requis, désigner le quartier général de l’opération et un commandant d’opération.

Une opération calibrée “à la demande”

Tous les détails restent encore à fixer. Mais les grandes lignes sont déjà connues (2). L’opération sera à nature variable, pour permettre de réagir rapidement “à la demande” des organisations internationales qui coordonnent l’aide humanitaire (OCHA) ou de l’Office européenne d’aide humanitaire, comme des pays de la région concerné. La Tunisie et l’Egypte sont nommément désignés “ou tout lieu selon les circonstances” (lire : Libye, Niger, …). Il s’agira essentiellement de mettre en place un pont aérien/maritime, extensible selon les besoins. Mais aussi de fournir différents moyens pour permettre l’accueil de réfugiés en nombre aux frontières (établissement de camps…), y compris la sécurisation des camps, si les autorités locales (en particulier tunisiennes) le demandent. Les règles d’engagement comme d’utilisation de la force doivent encore être définies.

Cette opération devra être étroitement coordonnée avec les deux autres opérations “Odyssey Dawn” et “Unified Protector” menées par l’OTAN et la coalition internationale. Elle sera menée en étroite liaison avec les structures européennes, humanitaire (ECHO) ou de protection civile (MIC).

Deux possibilités de quartier général : Bruxelles ou Rome

Pour le quartier général d’opération (OHQ), deux options ont été présentées : la possibilité de recourir à une petite cellule de crise montée au sein de l’Etat-Major à Bruxelles ou l’offre italienne d’un OHQ, situé à Rome.

La première solution est plus lourde à mettre en oeuvre mais elle permet d’utiliser un OHQ jamais utilisé, de faire la liaison avec les autorités italiennes qui pourraient fortement être impliquées dans cette opération comme elles le sont déjà, plus ou moins, dans les deux opérations de l’OTAN/Coalition en Libye.

La seconde solution – jamais usitée en matière d’opération militaire européenne – a l’avantage de la souplesse, de la rapidité de mise en oeuvre et d’une facilité de liaison avec les structures politiques européennes comme opérationnels (MIC – Protection civile). Structures qui ont déjà assuré la coordination des opérations de rapatriement des ressortissants UE (Pegasus I) puis d’évacuation des ressortissants étrangers (Pegasus II). Dans les modalités et les outils, on se situerait ainsi dans une sorte “d’Euco Haïti renforcé”.

Le lancement de cette opération est une excellente manière pour les dirigeants de l’Union européenne de célébrer leur unité et de masquer toutes leurs divisions, passées et présentes, sur la Libye. Il permet également aux pays “restés sur le bord” de l’opération militaire en Libye pour des raisons politiques ou de statut de pouvoir marquer qu’ils sont présents sur le terrain également.

(1) Commodément on utilise le terme de “27”. Formellement, ils sont 26 si on parle d’une opération militaire de la PeSDC, le Danemark bénéficiant d’un opt-out en matière d’opération militaire de défense.

(2) Lire également : Vers une mission PSDC humanitaire près de la Libye. Détails d’une opération d’un nouveau genre

(mis à jour 22h – détails sur les éléments de planification)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).