La coalition anti-Kadhafi, très blanche, très occidentale. L’Afrique oubliée. Danger !

(BRUXELLES2) Il y a des photos de famille qui sont mortelles politiquement. Observez bien la photo de famille de la conférence de Londres sur la Libye, diffusée par le Foreign office. Et vous pourrez constater quelques absences sur la photo : tout d’abord celle d’Alain Juppé, étonnante, et même celle de Cathy Ashton (la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères). A l’inverse, le secrétaire général de l’OTAN est bien présent au premier plan et le représentant du Vatican (!) au dernier rang. Mais ce n’est pas cela qui me semble intéressant à commenter aujourd’hui. Il y a plus inquiétant, pour une réunion sensée parler du futur politique de la Libye. Sur cette photo… aucun Africain et très peu d’Arabes…

La coalition peine à convaincre au sud…

Comme à Paris (encore plus), les Africains ont été oubliés. Et, même dans le camp arabe, la participation était minoritaire. Certains pays participants avaient choisi de n’être représentés qu’au niveau de leur ambassadeur (Koweit, Liban, Tunisie, Ligue arabe). Quant à ceux qui étaient présents au rang ministériel (Qatar, Emirats arabes unis…), on ne peut tout de même pas dire qu’ils représentent tout le monde arabe. Il est aussi symptomatique qu’aucun des voisins de la Libye n’était présent (à l’exception de la Tunisie représentée par son ambassadeur). Ni l’Algérie, ni le Niger, le Tchad (hostiles à l’intervention militaire) ou même l’Egypte n’étaient présents. Enfin, ni l’Union africaine en tant que telle, ni quelques pays représentatifs du continent noir, n’étaient présents. Cela commence à faire beaucoup !

Attention danger ! L’Union africaine et l’Afrique oubliées

On semble l’oublier. Mais la Libye est en Afrique (plutôt que dans le Golfe). Et les réticences africaines devraient, davantage, être prises en compte. L’Union africaine – pourtant invitée – était absente du sommet de Paris. L’UA (*) s’est prononcée ensuite contre l’intervention, diligentant même une mission de bons offices (composée des présidents mauritaniens, maliens, congolais, ougandais et sud-africain). Des dirigeants – qu’on ne peut pas considérer comme les meilleurs amis de Kadhafi — comme l’Ougandais Museveni ou le Sud-africain Zuma — ont critiqué également une opération qui commence, par trop, à ressembler à une coalition occidentale, très blanche, largement chrétienne, du Nord contre le Sud. Cela pose, aujourd’hui, un vrai et sérieux problème d’ordre politique à la coalition. Et Kadhafi a marqué là un point, dans la politique internationale : se repositionner comme le défenseur du Sud. La photo de Londres en est la preuve éclatante…

Il importe de renouer le lien avec les Africains. Et ce devrait être à l’Union européenne de prendre cette initiative sur un continent où, année après année, la Chine avance ses pions, ses banques, ses comptoirs, ses entreprises et prend un poids politique majeur.

(*) La Libye est un des cofondateurs de l’Union africaine, proclamée à Syrte, la ville natale de Kadhafi, en mars 2001.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “La coalition anti-Kadhafi, très blanche, très occidentale. L’Afrique oubliée. Danger !

  • 30 mars 2011 à 12:39
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    A noter que le Vatican, par le biais de son nonce à Londres n’était qu’observateur, il n’est donc pas tenu par les conclusions du sommet. Il ne manquerait plus que le Vatican organise des bombardements!

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