Deux nouvelles têtes aux manettes de l’Europe de la défense ?

(BRUXELLES2 / Exclusif) Les structures de gestion de crise de l’Europe de la Défense devraient connaître de nouvelles têtes prochainement. Si nos informations sont exactes, Cathy Ashton pourrait annoncer prochainement les nominations du commandant des opérations civiles (CPCC) et du chef planificateur des missions de la défense européenne (CMPD), en complément de celle du directeur du département « questions multilatérales et mondiales » qui travaille étroitement avec ces structures. Si cette nouvelle est confirmée (ce qui n’est pas encore le cas), les noms ne surprendront pas ceux qui suivent les questions de l’Europe de la Défense puisque l’un dirige la mission européenne d’observation en Géorgie (EUMM) tandis que l’autre est l’ambassadeur de Belgique au COPS.

H. Haber visitant le check point de Perevi tenu par les militaires russes (crédit : EUMM Georgia)

Un ambassadeur allemand à la tête de la CPCC

L’ambassadeur allemand Hansjörg Haber qui dirige, depuis sa mise en place, en septembre 2008, la mission d’observation (EUMM) en Géorgie, pourrait ainsi prendre la tête du CPCC (la Capacité de conduite et de planification civile / Civilian Planning and Conduct Capability ). Autrement dit, le « commandant des opérations civiles ». Haber est un bon connaisseur de la problématique de la planification des missions de paix. Il a, en effet, démarré la carrière diplomatique au département des Nations-Unies du ministère allemand des Affaires étrangères.

Né en février 1953 (58 ans), diplômé en sciences économiques de l’université de Münich (1978-1981), après une éducation au Royaume-Uni  à l’Atlantic College (General Certificate of education, 1972), formé à l’école de la diplomatie allemande, Hansjörg Haber démarre la carrière par plusieurs postes à l’étranger : Paris, Moscou et Manille (1984-1989) avant de revenir à Berlin.  Son premier poste dans l’administration fédérale est au département des Nations-Unies du ministère, comme desk officer (1989-1992), département dont il gravira ensuite les différents échelons, comme directeur adjoint (1996-1999) puis comme directeur (2002-2006). Il est notamment chargé de la planification stratégique et de l’élaboration des positions nationales à l’ONU, dans les missions de paix notamment. Entre deux, il occupe trois postes à l’étranger : à Ankara (1992-1996) comme conseiller politique ; à Moscou (1999-2002) comme chef de la presse et de l’information ; puis à Beyrouth (2007-2008), comme ambassadeur, assurant notamment la liaison avec la mission de l’Onu au Liban (FINUL). Outre l’allemand, l’anglais et le français, il pratique plusieurs langues : le russe et le turc, avec des connaissances de Farsi et de certaines langues arabes.

Un ambassadeur belge à la tête de la CMPD

Walter Stevens lors d'une visite des ambassadeurs de l'UE au Congo, 2010 (Crédit : Radio Okapi / ONU)

C’est un ambassadeur Belge, Walter Stevens, qui pourrait prendre la tête de la CMPD (Crisis Management and Planning Directorate / Direction de la planification et de gestion des crises). En gros, la structure qui planifie les opérations de défense. Un poste essentiel car c’est là que s’échafaudent et s’élaborent les options et futures missions de la PeSDC et qui alimente la machine politique en plans et projets. C’est notamment au sein de la CMPD que se préparent d’éventuelles options pour un soutien militaire ou une mission PeSDC face à la crise libyenne.

Licencié en Sciences politiques et sociales, né en 1956, Walter Stevens est représentant permanent de la Belgique auprès du COPS depuis 2009. Diplomate de carrière depuis 1990, il a été successivement attaché à la Représentation de la Belgique auprès des Nations Unies à Genève ; Premier Secrétaire auprès de l’Ambassade de Belgique à Riyad (Arabie Saoudite) et à Washington (Etats-Unis) ; conseiller sur les sujets commerciaux (OMC) au ministère des Affaires étrangères. Durant toute la décennie 2000, il a exercé des fonctions plus politiques. De 2000 à 2003, il était ainsi le sherpa (conseiller diplomatique) du Premier ministre, Guy Verhofstadt, puis chef de Cabinet du Ministre de la Coopération au Développement (2003-2004), Marc Verwilghen, pour passer aux Affaires étrangères avec Karel de Gucht (2004 à 2009, d’abord comme chef de cabinet adjoint puis comme chef de cabinet.

La direction des structures de l’Europe de la Défense auront ainsi été entièrement renouvelées en un peu plus d’un an : avec une nouvelle directrice à l’Agence européenne de Défense (Claude-France Arnould, France), un nouveau chef du Centre de situation, SitCen (Ilkka Salmi, Finlande), un président permanent pour le COPS, le comité politique et de sécurité qui réunit les ambassadeurs des 27 (Olof Skoog, Suède), un secrétaire général chargé de la PeSDC (Maciej Popowski, Pologne), sans oublier ceux qui, sans être nouveaux, ont été nommés récemment : le chef d’Etat-Major militaire (Ton Van Osch, Pays-Bas), le directeur du centre satellitaire de l’UE (Tomaž Lovren?i?, Slovénie) et le président du comité militaire (Håkan Syrén, Suède). Elle sont désormais en ordre de marche, du moins en théorie.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).