A. Juppé. « L’UE ne peut être seulement une ONG humanitaire »

Alain Juppé au Conseil (Crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé a fait un petit debrief du Conseil des ministres de l’UE devant les journalistes. Mots choisis…

La France n’entend pas baisser la garde sur l’Europe de la défense

Alain Juppé l’a répété hier « C’est une réflexion qu’il faut poursuivre. L’UE ne peut pas être seulement une ONG humanitaire. Elle doit avoir, au titre avec la PSDC sa propre capacité d’intervention, en complémentarité de l’OTAN. J’ai demandé un sommet européen d’ici la fin de l’année sur le sujet.  (…) Nous demandons à la Haute représentante de l’UE de « redonner des couleurs à la PSDC » notamment pour permettre à l’Agence européenne de Défense de jouer son rôle. Cela a toujours été la position France et nous entendons la défendre. »

L’action militaire nécessaire en Libye

Le Ministre de Nicolas Sarkozy a aussi tenu à défendre l’action entreprise par la France en coalition avec le Royaume-Uni et les USA. « Le seul renforcement des sanctions n’aurait pas pu sauver Benghazi. (…) Regardez ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Si nous n’avons pas agi, il serait probable que Benghazi serait dans un bain de sang. Nous avons sauvé la ville de Benghazi » explique Alain Juppé. L’action va se poursuivre « de façon à neutraliser la possibilité de Kadhafi de viser la population civile, c’est l’objectif assigné par la résolution ».

« Le seul renforcement des sanctions n’aurait pas pu sauver Benghazi
Sans action militaire, Benghazi serait dans un bain de sang »

Le départ de Kadhafi mais pas un changement de régime

« La résolution nous oblige à protéger les civils, pas de changer le régime. C’est au Conseil de transition et à toutes les forces de choisir le régime qu’ils veulent. Ce qui ne nous empêche pas de demander le départ de Kadhafi. Nous envisageons de réunir différents partenaires pour proposer solution politique. »

Des sensibilités différentes autour de la table

Alain Juppé a tenu à dédramatiser les différences au sein de l’UE. « Nous avons eu une discussion où sont apparues des sensibilités différentes. Il existe des différences d’approches : des pays se sont abstenus et ne participent pas à l’opération. Mais l’objectif est commun ». Mais il n’y a pas de scepticisme partagé (comme le proclamait urbi et orbi Westerwelle) estime le Ministre. Reprenant une formule utilisée juste auparavant par le ministre délégué aux Affaires européennes, Laurent Wauquiez, il a ajouté : « Il ne faut pas hyperboliser d’éventuelles différences. » Et concernant le couple franco-allemand, Alain Juppé tient à prendre un peu de distance : « Ce n’est pas un drame. Nous n’avons pas été toujours d’accord. Je dis ce que je pense. Et Westerwelle aussi. On a déjà un point d’accord. »

Mais une unanimité au final

Effectivement, il faut relire les conclusions du Conseil (télécharger ici version anglaise) qui marque un accord des 27 : « les partenaires sont déterminés résolument et collectivement, avec tous les partenaires internationaux, particulièrement la Ligue arabe et les autres acteurs régionaux, pour donner plein effet à ces décisions » même « s’ils (y) contribuent par des voies différentes ». Ces « décisions » visent d’une part l’adoption de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU pour laquelle les 27 affirment leur « détermination à contribuer à sa mise en oeuvre », d’autre part le Sommet de Paris, défini comme une « contribution décisive à sa mise en oeuvre ».

NB : Une tournure de phrase qui a été rajoutée par rapport à la première proposition qui était sur la table des 27 et est essentiellement due à la volonté de la diplomatie française de ne pas laisser le Sommet de Paris de coté.

Le problème : l’Union africaine

Alain Juppé ne se l’est pas caché. C’est un problème. « L’Union africaine, c’est vrai n’a pas pris de position. Il faut poursuivre le dialogue avec Jean Ping et les pays africains. C’est important de les associer à l’opération et de l’entraîner ».

« Nous soutenons l’aspiration de tous ces peuples
à la liberté et à la démocratie face à des régimes épuisés »

La révolution continue : au président Saleh de dégager !

Enfin  le ministre a tenu à souligner que « du Maroc au Golfe persique, il y a une ligne cohérente. Nous soutenons l’aspiration de tous ces peuples à la liberté et à la démocratie face à des régimes épuisés par la corruption, des pratiques dictatoriales…. Il faut construire des démocraties qui ne seront pas forcément les copies des démocraties occidentales. Nous le disons avec beaucoup de force au Yemen. Le départ du président Saleh est incontournable. Nous apportons notre soutien à tous ceux qui se battent pour la démocratie, en faisant appel au dialogue, et à la retenue. »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “A. Juppé. « L’UE ne peut être seulement une ONG humanitaire »

  • 25 mars 2011 à 12:09
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    d’abord je voudrai dire que le raisonnement d’Alain juppé me plait beaucoup.je suis d’accord que le probléme c’est l’union africaine. cette instance n’est pas a la hauteur des evenements de 2011 avec ces présidents anciens mentalités anciennes inspirée et dépendants de régine autoritaires( commeFLN algerien sud afrique, ghana etc) et c’est pour cela aussi que ça reste bloqué en cote d’ivoire).un changement ou un rajeunissement doit se faire dans cette organisation qui campe sur des methodes archaiques sous developpées.

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