Le Premier ministre Thaci, artisan du crime au Kosovo ? Eulex ouvre l’enquête

(BRUXELLES2) La mission européenne « Etat de Droit » (EULEX) au Kosovo a ouvert, vendredi, une « enquête préliminaire » sur les allégations contenues dans le rapport rédigé par Dick Marty au Conseil de l’Europe. Celui-ci affirmait que (le Premier ministre actuel) Thaci était à la tête du « groupe de Drenica », un des artisans du crime organisé au Kosovo. Un rapport du BND (le renseignement allemand) « nomme MM. Haliti, Thaçi, Lluka et Haradinaj comme les personnalités-clés de la criminalité organisée (au Kosovo) » mentionne-t-il.

Coté européen, on s’affirme déterminé à prendre « très au sérieux ces allégations ». Eulex a d’ailleurs appelé les organisations ou individus impliqués, notamment Dick Marty, à lui présenter les preuves qui peuvent étayer d’aussi sérieuses accusations. « Nous comprenons les préocuppations sur la nécessaire protection des témoins dans la région » explique-t-on chez Eulex. Mais « nous avons tout à fait confiance dans notre propre unité de protection des témoins. L’expérience a déjà montré qu’elle était capable d’agir (…) pour des cas très sensibles ». En tant que « mission pour l’Etat de droit, nous travaillons sur la base de faits et de preuves. Sans preuves, les poursuites ne peuvent pas prendre place » précise un communiqué d’Eulex, où on se sent un peu vexé de la méfiance émise par Dick Marty. « Si nous recevons cette information nos procureurs seront prêts à suivre (ces pistes) immédiatement ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 réflexions sur “Le Premier ministre Thaci, artisan du crime au Kosovo ? Eulex ouvre l’enquête

  • 22 février 2011 à 17:10
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    Le problème, comme le souligne Marty, c’est qu’EULEX n’a actuellement ni le personnel, ni les moyens de mener sérieusement une telle enquête. Et surtout, elle n’a de mandat qu’au Kosovo. Or, l’enquête devrait s’étendre à plusieurs autres pays, d’abord l’Albanie où les organes étaient extraits, ensuite la Turquie où ils étaient expédiés. L’obstination d’EULEX à contrôler cette enquête, alors qu’elle n’a encore fait la lumière sur aucun cas de meurtre ou de disparition de non-Albanais et qu’elle est en train de classer « sans suite » plusieurs dossiers (dont, il y a quelques jours, l’attentat contre un bus qui coûta la vie à une quinzaine de Serbes en 2000), ressemble à s’y méprendre à une opération d’étouffement de l’affaire des trafics d’organes.

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