Dans le Golfe, les pirates s’en donnent à coeur joie

L’hémorragie continue de frapper les navires civils dans l’Océan indien. Les pirates continuent sur leur lancée de la période de Noel et ont arraisonné pas moins de 2 navires et un équipage ces derniers jours. On atteint aujourd’hui ainsi la trentaine de navires aux mains des pirates, très exactement 29 navires et 699 marins otages, si l’on se fie aux comptes de l’Union européenne (1) ; 47 navires et 828 otages selon l’ONG Ecoterra (qui comptabilise également les bateaux de pêche locaux capturés).

Un vraquier grec battant pavillon chypriote, le MV Eagle, a été capturé par les pirates, aux premières heures de la matinée lundi 17 janvier, dans le Golfe d’Aden, a annoncé le QG européen de l’opération anti-piraterie (Atalanta). Le navire qui venait de Aqabar (Jordanie) et se dirigeait vers l’Inde, se situait alors à 490 milles au sud-ouest de Salaam (Oman). Les pirates à bord d’un seul skiff ont d’abord tiré à l’arme légère et au lance-roquette avant de passer à l’abordage. A bord, un équipage de 24 Philipppins.

Un chimiquier norvégien, battant pavillon maltais, le MV Samho Jewelry, a été piraté dans le Golfe d’Aden, vendredi 15 janvier, à environ 350 milles au sud-est du port de Muscat (Oman). A bord un équipage de 21 marins (Birmans, Coréens et Indonésiens). Ce tanker de plus de 19.000 tonnes qui transportait des substances chimiques n’était pas enregistré au MSCHOA (le dispositif européen pour la Corne de l’Afrique) ni au UKMTO (son équivalent britannique).

L'arrière du Leopard que les fils barbelés n'ont pas suffi à protéger des pirates (Crédit photo : OTAN / marine turque)

La prise la plus originale a été celle d’un navire danois, le Leopard. Ce navire a été attaqué mercredi après-midi (12 janvier) alors qu’il naviguait dans le Golfe d’Aden. Selon une pratique désormais usitée, les pirates se sont servis d’un bateau précédemment capturé comme bateau-mère, le navire de pêche taiwanais Shiuh Fu No 1. Un avion de patrouille maritime des forces armées japonaises qui survolait a eu confirmation de la présence des pirates à bord. Ce alors que le navire semblait doté de toutes les recommandations des « best practices », comme les fils barbelés. Ensuite, selon le magazine TradeWinds, ils auraient pénétré dans la citadelle où l’équipage (2 Danois et 4 Philippins) s’étaient réfugié. Mais les pirates n’ont pas gardé le navire. Selon un procédé rarissime (employé par exemple pour le couple britannique Chandler), ils ont abandonné le navire, emmenant en otage les marins. Le navire turc Gaziantep (qui fait partie des forces de l’OTAN) qui était à 250 milles de là, n’a pu que constater à son arrivée sur place, que le navire était vide. Selon l’ONG Ecoterra, ce navire est connu pour transporter des substances sensibles comme des substances nucléaires. Même si, apparemment, il n’y en avait pas à bord à ce moment.

Une libération

Seule bonne nouvelle, le MT Motivator, un chimiquier d’un armateur grec capturé dans le sud de la mer rouge il y a plus de six mois (le 4 juillet) a été libéré, dimanche, à environ 160 milles au sud-ouest de Socotra. Selon toutes vraisemblances, une rançon a été versée. L’aviso français « Enseigne de Vaisseau Jacoubet » qui fait partie de la force EUNAVFOR a, immédiatement, été envoyé sur place pour assister l’équipage formé de 18 Philippins. Le médecin de bord a examiné, confirme l’ensemble des membres de l’équipage, précise-t-on coté français. Et un ravitaillement en produits de première nécessité, laissé sans eau ni nourriture par les pirates, a été effectué. Le Jacoubet escorte le navire jusqu’à Socotra au Yemen.

(1) La dernière liste tenue à jour

Lire également :

(crédit photo : Eunavfor + marine française)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Dans le Golfe, les pirates s’en donnent à coeur joie

  • 17 janvier 2011 à 22:19
    Permalien

    Forgive me for using English, my French is too poor…

    Just for your information, I’ve started a crowdmap to merge the information from EUNAVFOR, NATO Operation Ocean Shield, International Maritime Bureau and other sources on the Somali pirate situation which can be found at somalipirates.crowdmap.com.

Commentaires fermés.