Les battlegroups, un bel outil laissé en jachère

Hélicoptère croate du Nordic Battlegroup (crédit : ministère suédois de la Défense)

Véritable force de réaction rapide de l’Union européenne, les battlegroups (en anglais) ou groupements tactiques (en français) ont été mis en place en 2007.

Chaque semestre, deux battlegroups sont d’astreinte selon un planning défini plusieurs années à l’avance par les Etats membres d’un commun accord (1). Ils sont formés d’un ou de plusieurs pays, qui s’associent librement, pour former une force d’environ 2000 soldats. Des Etats tiers peuvent y participer (Croatie, Norvège ou Turquie). Aujourd’hui sont ainsi de permanence un battlegroup dirigé par l’Espagne (avec la France et le Portugal) et un autre dirigé par l’Italie (avec la Roumanie et la Turquie) (2), ils seront relayés en janvier par le Nordic Battlegroup (dirigé par la Suède) (3) et le « Saxon » battlegroup dirigé par les Pays-Bas (avec l’Allemagne, la Finlande, l’Autriche, et la Lituanie) (4).

Une idée franco-britannique appropriée par les autres Etats membres

Les battlegroups sont nés d’une initiative franco-britannique. En mars 2004, un document de réflexion a été présenté au Conseil des ministres des 15. Le concept de base a ensuite été développé par l’état-major de l ‘Union européenne (UE) et approuvé au Comité Militaire le 14 juin 2004. Il sera suivi de concept additionnels (C2 commandement et contrôle, transport logistique, soutien médical, entrainement, réserves, retour d’expérience) et synthétisé dans un seul document en octobre 2006.

Le premier battlegroup a été mis sur pied en janvier 2005 et est devenu opérationnel, deux ans plus tard, le 1er janvier 2007. Il n’a jamais été utilisé depuis malgré certains besoins et opportunités (comme au Congo). Mais certains Etats membres comme les nordiques sont bien décidés à l’utiliser dès que possible (5). Le concept a d’ailleurs été assoupli, en novembre 2009 (6). Et la présidence hongroise n’exclut pas de retravailler sur ce sujet, comme son ministre de la Défense, Csaba Hende, l’a confié à Bruxelles2 récemment (7).

Force de réaction rapide

Le battlegroup se définit comme  » le paquet de force minimum pour être militairement efficace, crédible, cohérent et aptes aux actions autonomes ou à la conduite de la phase initiale d’une opération plus importante« .

Il est déployable rapidement, au plus tard, 15 jours après la décision d’intervenir. Mais sa mission est assez courte entre 1 mois (durée initiale) jusqu’à 4 mois (prolongation). Il peut être employé de manière autonome ou en tant que force d’entrée initiale dans le cas où la crise nécessite un engagement plus important.

Le planning d'intervention (crédit : Conseil de l'UE)

Un battlegroup est susceptible de remplir toutes les missions de l’UE, c’est à dire les missions dites de Petersberg (maintien de la paix, interposition, sécurité des convois humanitaires…) telles que définies par le Traité de Lisbonne. Le plus souvent, il nécessite une résolution du Conseil de sécurité des Nations -Unies mais pour certaines opérations une telle résolution n’est pas nécessaire (par exemple pour l’évacuation de citoyens européens).

De la taille d’un bataillon

Les BG1500 ou GT1500 pour les spécialistes est de la taille d’un bataillon d’environ 1500 soldats, associée à un quartier général et à des moyens de projection intrinsèques. En tout il se compose généralement de 2 à 2500 personnes.

  • un cœur combattant (Core BG) constitué d’un bataillon d’infanterie généralement  augmenté d’une ou plusieurs unités de combat complémentaires, en fonction de la mission (blindés, infanterie mécanisée etc.),
  • un noyau clef qui comprend au moins un système de poste de commandement (C2), une unité de combat et ses appuis (feu léger, reconnaissance),
  • des appuis tactiques (Combat support), employées sur le lieu de l’action,
  • des capacités logistiques d’ordre tactique et stratégiques soutenant la mission.

Pour être considérés comme groupement tactique de l’UE, un groupement de forces doit répondre à
des normes précises en matière de capacités militaires, définies d’un commun accord, se soumettre à un processus d’entraînement et de certification assez long (de 12 à 24 mois à l’avance).

Lire également :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

2 réflexions sur “Les battlegroups, un bel outil laissé en jachère

  • 21 décembre 2010 à 17:29
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    Le concept de battlegroup n’est pas assez souple malgré les apparences et c’est pour cela qu’il n’est pas employé. Il est trop copié sur un modèle militaire type armée de terre. Or les crises sont diverses et ne fond pas necessairement appel à des forces militaires terrestres. Ce qui est important pour intervenir:
    – une cellule permanente civilo militaire de planification et de conduite des crises; cette cellule peut être un noyau d’une vingtaine de personnes capables de planifier à froid, de réagir en premier échelon et d’être aussitôt renforcé par des modules ad hoc. Cette cellule doit être capable de planifier et de lancer les premiers ordres de déploiement dans les domaines militaires et civils: modes d’actions et catalogue de moyens types, moyens de commandement de contrôle et de communication ( C3) , moyens logistiques de transport et de support. les battlegroups ne seraient dans ce cas qu’un des moyens types; pourraient être aussi dans le catalogue; les forces de protection civiles ( incendies,catastrophe naturelles), le commandement du transport aérien à Eidhoven, des forces maritime de projection, de support et contrôle de zone, les Awacs français et britanniques, des C3 labellisés dans le cadre de l’OTAN…..On voit que la mise œuvre de cette capacité de réaction va bien au delà des battle groups tout en étant réaliste et pas très couteuse. En effet le catalogue des forces est disponible à l’Agence, la compétence de planification et de conduite est disponible dans les pays qui ont tenus l’astreinte  » NRF ( Nato Reaction Forces).

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