Le récit des Chandler : les pirates redoutent toujours les Gaulois !

(BRUXELLES2) « Nationalité, nationalité », c’était une des premières questions qu’ont posées les pirates quand ils ont mis le pied sur le yacht de Paul et Rachel Chandler, le Lynn Rival, en octobre 2009, en plein Océan indien (1). Le couple britannique pensait, en naviguant à 770 milles des cotes somaliennes, avoir pris toutes les précautions. Erreur… Deux skiffs avec 7 pirates à bord le poursuivent en tirant. Paul a le temps cependant d’actionner la balise de détresse qui envoie un SOS à Falmouth et ensuite au QG d’Eunavfor (la force européenne anti-piraterie).

« Pas des Français

Dans l’assaut des pirates, le pavillon britannique n’était plus très distinct. Et quand Paul leur dit sa nationalité : « britannique », le chef des pirates, Bugas, a paru « soulagé », selon un témoignage recueilli par le quotidien anglais, Daily Mail. Le couple s’en est rendu compte plus tard. Mais Bugas craignait par dessus-tout que ces plaisanciers soient Français. « Il ne voulait pas avoir affaire à eux » dit Paul Chandler. « Il savait qu’avec les autres marines, présentes dans la zone,  il suffisait de menacer un otage avec un fusil pour les rendre impuissants ». Pas avec les Français. Il avait, en mémoire, la récupération par la force du Tanit, où les commandos dans lesquels deux pirates avaient été tués (ainsi que le skipper français du navire) et les autres arrêtés.

Si ce n’est le tragique de la situation on pourrait le rapprocher des pirates d’Astérix : les Gau, les Gau, les Gaulois !

Le frein rongé des Britanniques

Une course poursuite s’engage entre la marine britannique et les pirates. Le yacht n’allant qu’à 2 milles, Bugas décide de faire appel à des « collègues » qui détiennent le Kota Wajar et 21 marins prisonniers pour y transférer ses otages. Un navire ravitailleur de la Navy se rapproche à toute machines. Il est à 70 mètres du yacht. A portée de canon. Le Wave Knight compte à son bord 25 commandos marine, qui sont en alerte maximale prêts à intervenir. Et une conversation s’engage par la radio de bord entre les otages et le commandant du Wave Knight.

  • Lynn Rival: EU warship — this is sailing yacht Lynn Rival. We are two British, one male, one female. We have been kidnapped. We are both well and unharmed. Please turn away or we will be killed.
  • Wave Knight: Lynn Rival — understood. We are turning away now. We confirm one male, one female unharmed. Are you directly threatened?
  • LR: Correct. Not threatened at present. 

Avec le Kota Wajar, les choses se gâtent. Celui-ci tire sur le navire de guerre. Intimé par son ravisseur, Paul reprend alors la radio :

  • « Our captors say they will kill us if you don’t stand off. We are terrified! »

Finalement sous les yeux des marins et des commandos britanniques, les Chandler sont hissés à bord du cargo piraté, bien à l’abri de toute récupération. Les Marines sont furax selon une source qui s’est confiée à notre confrère britannique « C’était un mouvement de colère et de frustration intense. (…) Ils ne pouvaient croire les ordres de se retirer … Nous avion  la chance de frapper un grand coup et d’envoyer un message aux pirates de ne pas jouer avec les Britanniques. »

Le couple Chandler restera 13 mois prisonniers des pirates somaliens, dans des conditions parfois difficiles. Et finalement libéré contre une rançon de 625.000 £. Aujourd’hui, avec le recul, Paul pense différemment. Le témoignage complet dans le Daily Mail

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).