La coopération UE-OTAN sur les engins explosifs artisanaux (IED) : timide rapprochement

Le passage de témoin entre la Sfor (Otan) et Althea (UE) en 2004 (crédit : OTAN)

Faute d’accord général sur la coopération entre l’UE et l’OTAN, les ministres de la Défense des 27, réunis à Bruxelles aujourd’hui, examinent aujourd’hui comment favoriser la coopération dans les deux organisations sur certains terrains concrets.

En matière de soutien capacitaire, parmi les projets sur la table figurent : le soutien médical et la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED), ce qu’on appelle plus couramment les bombes artisanales. Une priorité planifiée dans les deux organisations, de façon concomitante, parfois redondante ! Regardons ainsi de plus près ce qui est prévu pour les IED…

Deux projets concomitants

A l’OTAN, un plan d’action Contre-IED, approuvé au conseil de l’Atlantique nord en juin 2010, prévoit « dix lignes d’effort« : du commandement et contrôle, à la fusion et au partage de l’information et du renseignement, comme des données biométriques ou médico-légales, en passant par le retour d’expérience (lessons learned) ou la formation. A l’UE, cette priorité, intégrée dans le plan de développement des capacités (CDP), a été lancée au Conseil des ministres de la Défense en avril 2010 (1). Elle est gérée par l’Agence européenne de Défense. Sont prévus notamment le développement de capacités déployables (mobiles) de Contre IED, d’une capacité de nettoyage des obstacles sur les routes ou d’une capacité de neutralisation manuelle ainsi que l’organisation d’un cours de formation pilote pour divers experts ou des projets soutenus en Recherche et Technologie (R&T).

Un rapprochement mais pas une fusion des projets

OTAN et UE ont donc convenu de rapprocher, un peu, leurs programmes de travail et surtout d’ouvrir aux autres les activités organisées dans une des organisations. Au menu :

  • l’échange d’informations, les deux organisations ont convenu de s’échanger « de façon formelle » les différents documents de référence rédigés dans les deux enceintes ;
  • le retour d’expérience, avec l’organisation d’un atelier de travail commun sur les lessons learned ;
  • la création d’un calendrier coordonné des formations ;
  • l’organisation d’évènements commun (formation, conférence de haut niveau ;
  • l’organisation de démonstrations de technologie ouvertes aux deux organisations.

Commentaire : en ces temps de crise, il parait inconcevable que deux organisations dont sont membres à peu près les mêmes Etats poursuivent des projets sinon concurrents du moins similaires. Les rapprochements envisagés paraissent encore bien timides au regard des enjeux. Il faudrait franchir un pas de plus et considérer une meilleure répartition des tâches. Pourquoi ne pas créer carrément un exemple pilote, avec un comité commun pour gérer les deux projets ? Ou à défaut, répartir les tâches, à l’un la recherche anti-IED, à l’autre le soutien médical, chacun des projets étant ouverts aux membres de l’autre organisation ? C’est à ce type de coopération concrète qu’on pourra jauger la volonté de collaboration des deux organisations plutôt qu’à de grandes déclarations.

(1) L’UE s’engage la lutte anti-IED. Projet opérationnel en Afghanistan

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).