Feux de forêts en Israël : le jeu stupide de l’OTAN

(crédit : service d'incendie israélien)

(opinion) Dans la réponse internationale face aux incendies en Israël, un fait est passé relativement inaperçu, la tentative de l’OTAN d’entrer dans le jeu et de concurrencer l’initiative européenne. Un jeu idiot qui repose, malheureusement, sur une volonté affirmée de quelques de ses membres de concurrencer l’Union européenne sur le terrain civil. 

La tentation de la course de vitesse

Alors que la coordination européenne était déjà lancée, l’OTAN a offert également de coordonner l’aide. Une offre tombée à plat car inappropriée et faite très tard . Il est plus de 15 h quand tombe le communiqué de presse. L’unité protection civile de la Commission européenne est déjà en alerte depuis plusieurs heures. Les moyens de l’UE sont alors déjà coordonnés. Et les autres membres de l’Alliance, comme la Turquie, n’ont pas très envie de se faire coordonner par une organisation extérieure, ayant besoin d’un geste bilatéral. Il faut, cependant, observer que cette tentative n’est pas la première. On l’avait déjà remarqué lors de l’opération militaire anti-piraterie dans l’Océan indien ou pour l’action humanitaire sur les inondations au Pakistan. Bis repetita, cette fois, dans un domaine civil.

Un esprit de concurrence malsain

La concurrence qu’entretient actuellement l’OTAN est actuellement animée par des motifs qui dépassent des « problèmes d’organisation ». Il y a derrière certains faits, la même volonté qui anime la spéculation internationale contre l’euro, bien organisée depuis des places-fortes anglo-saxonnes (comme l’explique brillamment mon collègue de Libération Jean Quatremer, « Coulisses de Bruxelles ») et qui vise un seul objectif : affaiblir l’UE sur certains de ces terrains d’action.

Un hic dans la coopération OTAN / UE

Cette tentative montre tout de même qu’il y a un hic dans la coopération OTAN / UE. Et il serait intéressant, dans les discussions en cours entre les deux organisations, que Cathy Ashton et A.F. Rasmussen s’y penchent pour clarifier le principe de non-duplication. Celui-ci fonctionne actuellement de façon asymétrique dans le sens UE / OTAN, et reste surtout utilisé pour empêcher l’UE de se doter des instruments de gestion de crise militaire opérationnelle (pour des missions d’interposition ou de maintien de la paix qui n’ont pas à voir directement avec le rôle fondamental de l’OTAN).

Des limites à l’intervention

Cette simili-action montre tout de même que l’OTAN a des limites dans son intervention tout azimut. Une limite géographique et politique (elle ne peut pas intervenir partout), une limite opérationnelle (elle ne dispose pas de moyens en propre et repose sur ceux des Etats. Si ceux-ci préfèrent agir par d’autres canaux, elle n’a plus de moyens). Et il existe un principe de base : des moyens civils ou de protection civile ne peuvent pas être coordonnées par une organisation militaire. L’inverse est, en revanche, possible.

Le risque d’un affaiblissement

C’est toute la difficulté de l’OTAN. Se prévaloir de sa force militaire pour exister en tant qu’organisation politico-civile, ce qu’elle ne peut être et ne pourra jamais être, sauf à dévaloriser son rôle, fondamental, de protection et sécurisation du territoire euro-atlantique. A force de se disperser sur d’autres terrains qui est le sien, l’organisation risque de perdre son âme et de disperser ses ressources (qui vont devenir désormais plus contraintes) et de s’affaiblir inutilement.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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