La dimension défense, la grande oubliée de la conférence des ambassadeurs de l’UE

(Coup de gueule) Quand on lit le programme concocté pour la conférence des ambassadeurs de l’UE qui se déroule ces jours-ci à Bruxelles, on ne peut qu’être étonné. Où est la dimension de la défense européenne ? Commerce, changement climatique, budget, développement, aide humanitaire… rien n’a vraiment été oublié des principaux enjeux d’une ambassade de l’UE, nouveau format. Rien… sauf un thème : l’Europe de la Défense.

Or, la défense est un des volets majeurs du Traité de Lisbonne (avec le volet politique) dans la transformation des délégations de la Commission européenne en véritables ambassades de l’UE. Au titre de la présidence permanente, elles auront, en effet, la charge des questions politiques et de sécurité. C’est, déjà le cas, peu ou prou, dans les pays où sont déployées des missions de la PeSDC (Géorgie, Moldavie, Israel, Bosnie, Kosovo, Congo, Ouganda, Afghanistan). Mais ce peut l’être aussi dans des pays à risque (Corée, Tchad, Kenya – Somalie, Soudan, Liban…) ou dans des pays où la dimension sécuritaire est stratégique (Russie, Pakistan, Etats-unis…).

Ni le général Syren, qui est cependant le président du Comité militaire et le conseiller militaire de Cathy Ashton, ni le chef d’Etat major militaire de l’UE, Van Osch, ou son alter ego civil, Klompenhouwer, ne sont venus plancher devant les diplomates pour leur expliquer les enjeux de la défense européenne, tant civile que militaire. Un oubli qui n’est pas tout à fait innocent…

Un oubli lourd de sens

C’est, tout d’abord, une confirmation. Le désintéressement observé dès les débuts de la Haute représentante pour l’Europe de la Défense (2) n’est pas juste une impression mais une réalité bien ancrée dans son esprit et sa volonté politique. Une tâche noire dans un bilan qui reste honorable (3).

Cet oubli est aussi une gifle pour les militaires et acteurs de la gestion de crise équivalente à la « gifle » de Palma de Majorque pour les ministres de la Défense (4). Certes les egos sont une chose toute relative au regard des enjeux de ce monde. Mais quand on manage un nouveau service : piétiner une partie de ses troupes, en permanence, n’est pas bon pour le moral. C’est ainsi une occasion de perdue pour tisser des liens entre les « diplomates » et les gestionnaires de crise.

Au-delà des egos froissés, une grave erreur stratégique

Cet oubli constitue enfin, et surtout, une grave erreur stratégique. Alors que le monde bruit de la sécurité que ce soit sur un rapprochement US-Russie, ou du processus de paix (ou non) au Proche-Orient, de nouvelles menaces au Pakistan, en Afghanistan, en Corée, au Soudan… l’Europe reste angélique croyant à sa bonne conscience.

Car s’il est une crise à laquelle est le moins préparé un chef de délégation de la Commission européenne, habitué d’ordinaire à gérer des projets de développement ou de l’aide humanitaire, des accords de pêche ou des sujets de politique commerciale (*), c’est bien sans doute la crise sécuritaire ou militaire. Or aujourd’hui, ou demain, c’est l’ambassadeur de l’UE qui sera en première ligne, qui aura le lead dans la plupart des pays (5).

Comment faire le lien par exemple avec une mission de défense sur place, préparer ou gérer un SOFA ? gérer l’intervention d’un battlegroup ? procéder à l’évacuation des citoyens ? faire le lien avec le gouvernement et le Legad d’une mission en cas d’accident ou de rapatriement de blessés, voire de corps ? Etc. Tout cela ne s’improvise pas.

Combien de temps encore l’Europe va croire, comme une jeune fille naive plantée au bord de la route, que lever le pouce à la tombée de la nuit et le chéquier dans la poche  lui amènera  le prince charmant ?

(*) Toutes choses vitales sans doute et extrêmement complexes par ailleurs.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

2 pensées sur “La dimension défense, la grande oubliée de la conférence des ambassadeurs de l’UE

  • 17 novembre 2011 à 12:19
    Permalink

    Bonjour,
    mon étonnement rejoint le vôtre,la Défense et la Sécurité de l’Europe pourraient t’elles étre confiées à d’autres? Votre métaphore utilisée à la fin de votre article « la jeune fille …  » Excellente de clarté.Je me permets un petit rappel de Henri Kissinger »Les grandes puissances ne se suicident jamais pour leurs alliés  »
    Cordialement.

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