Le papier suédois-allemand : une initiative très politique à ne pas dédaigner

Le document proposé par les Suédois et Allemands pour renforcer la coopération en matière militaire (1) ne doit pas être regardé avec dédain.

Un coup d’épée dans l’eau : pas sûr !

Au moment où Français et Britanniques ont choisi, de se regarder les yeux dans les yeux, comme un vieux couple de 60 ans qui se redécouvre, pour tresser ensemble quelques possibilités d’action (2), les autres Européens restés à la porte de cet accord ne comptent pas rester inactifs. Certes le couple franco-britannique reste en matière militaire un élément de poids. Mais il ne doit pas s’illusionner. Les autres pays européens s’ils pèsent peu individuellement peuvent, de façon groupée, constituer une masse non négligeable (et un marché également…).

D’autant qu’en matière de défense européenne, on ne parle pas uniquement de puissance militaire pure, on parle également de sécurité au sens large, les missions englobant un spectre large (du maintien de la paix aux missions d’observation ou de police) tout comme les équipements ou structures de commandement. Cette initiative des ministres de la Défense pourrait donc n’être pas un coup d’épée dans l’eau.

Une initiative très politique

Si l’initiative suédo-allemande est rejointe par plusieurs autres pays comme l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Finlande, l’Europe de la Défense pourrait tourner… sans les Français (comme elle tourne depuis plusieurs années sans les Britanniques !). Ce n’est pas un cas d’école. Au niveau européen, il est d’usage que la présidence ne s’engage pas dans des initiatives non multilatérales. Et je n’aurai pas de surprise à voir la Belgique, puis la Hongrie et la Pologne, reprendre à leur compte cette initiative…

Quand on regarde l’actuel organigramme du service diplomatique et des structures de politique de sécurité, on voit également que cette initiative pourrait trouver de sérieux relais dans les structures européennes. La plupart des responsables aux manettes de l’Union européenne provenant… de ces pays (3).

Nous aurions ainsi deux pôles de coopération : l’un regroupant les Etats apôtres de l’arme et de la dissuasion nucléaire et de la coopération bilatérale, l’autre tourné vers la dénuclérisation du continent européen et la coopération multilatérale.

D’une certaine façon, le fait que la France soit occupée « ailleurs » laisse un peu le champ libre, et d’air frais, entrer dans la réflexion (qui se résumait trop souvent auparavant à : êtes-vous d’accord avec les Français ou les Britanniques ? Etes-vous pour l’Europe de la Défense ou pour la Défense européenne dans l’OTAN ?).

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).