La Turquie : toujours pas « alignée » sur les positions européennes

Dans sa dernière évaluation sur les progrès faits par les pays demandant l’adhésion à l’Union européenne, publié le 9 novembre, la Commission a donné un avis mitigé sur l’intégration par la Turquie de la politique étrangère et de sécurité commune. La Turquie est parvenue a? un « niveau e?leve? d’alignement dans le domaine des relations exte?rieures mais elle doit encore progresser sur de nombreux points ». C’est dit en termes diplomatiques, donc polis. Mais tout de même. La Turquie ne partage pas avec l’Europe certaines valeurs en matière de politique étrangère, notamment sur l’Iran, Israe?l ou le contrôle des armements. On pourrait rétorquer que c’est aussi le fait de certains Etats membres. Certes pas de façon divergente. Et, reconnaissons-le également, l’Union européenne est sans doute plus exigeante des candidats à l’adhésion que de ses propres Etats membres. C’est justement la leçon du passé qui incite à la prudence.

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« L’alignement sur la politique e?trange?re et de se?curite? commune de l’Union europe?enne s’est poursuivi. La Turquie a cherche? a? engager un dialogue et des consultations avec l’UE sur des questions de politique e?trange?re. (Mais) Elle ne s’est pas aligne?e au sein du Conseil de se?curite? des Nations unies sur la position de l’UE qui re?clamait de nouvelles sanctions contre l’Iran. » remarque la Commission. « (La Turquie) s’est employe?e a? ame?liorer encore ses relations avec des pays voisins tels que l’Iraq, notamment le gouvernement re?gional kurde, et la Syrie. Ses relations avec Israe?l se sont sensiblement de?te?riore?es apre?s l’incident de la flottille de Gaza. Les protocoles signe?s avec l’Arme?nie en vue de la normalisation des relations avec ce pays ne sont toujours pas ratifie?s. »

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Concernant plus particulièrement la politique de se?curite? et de de?fense commune (PeSDC), la Commission note  « une contribution notable ». La Turquie « cherche a? participer plus activement aux activite?s mene?es dans ce cadre ». Mais « la question d’une coope?ration UE-OTAN impliquant tous les E?tats membres de l’Union europe?enne au-dela? des arrangements «Berlin plus» doit encore e?tre re?gle?e. » Quant au contrôle des biens à double usage (armes ou civil). Et « La Turquie ne s’est pas aligne?e sur la position de l’UE concernant l’adhe?sion a? l’Arrangement de Wassenaar. »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “La Turquie : toujours pas « alignée » sur les positions européennes

  • 16 novembre 2010 à 12:44
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    L’hésitation de la Turquie à se rallier à l’extraordinaire projet d’édification d’un gigantesque réseau anti-missiles intercontinental destiné essentiellement à neutraliser une hypothétique menace nucléaire de l’Iran visant principalement Israel , pays non membre de l’OTAN ou de l’UE , est tout de même compréhensible…

    On peut être étonné de la rapidité et de la furtivité avec laquelle ce projet sans précédent se développe au sein de l’OTAN , de l’UE et de leurs Etats membres – sans débat public et dans l’indifférence de leurs institutions démocratiques et de leur presse .

    Un tel projet ne peut bien sûr que participer à la solidification croissante de l’antagonisme entre les mondes occidental et musulman et il semble compréhensible qu’un pays comme la Turquie – à la frontière entre ces deux mondes – hésite à y adhérer .

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