Gén. Abrial : « Une alliance plus légère, plus efficiente ». Le « vrai » débat commence

(A Lisbonne) Le général français, Stéphane Abrial, est aux premières loges de la transformation de l’Alliance atlantique. Commandant de l’ACT (Allied Command Transformation), à Norfolk, il a donné – en marge du sommet de l’OTAN à Lisbonne – son sentiment sur l’avenir à quelques journalistes.

Les discussions commencent…

Première priorité : la réforme interne, « les discussions (les vraies discussions) commencent maintenant et vont durer jusqu’à l’été 2011 ». Ce qui est plutôt court. Effectivement, confirme le général, « Nous voulons aller vite ». Le cadre étant fixé, avec notamment 5000 hommes en moins et une restructuration des agences de 14 à 3 (1), il s’agit, en effet, de ne pas trainer avant que le consensus politique ne s’évapore… L’objectif est d’avoir une « Alliance plus légère, plus efficiente », ce qui est le motto du secrétaire général.

Cerner les menaces

Mais cette réforme des structures ne sert pas qu’un objectif financier, budgétaire, elle vise un objectif plus stratégique. Jusqu’à présent, souligne également le général, « l’Alliance était trop statique. Le tournant pris aujourd’hui (avec le nouveau concept) est de s’intéresser de très près aux nouvelles menaces ». Toute la difficulté, maintenant, va être, tout d’abord, de cerner exactement à quel niveau de menaces on s’attache. Notamment pour les cyberattaques, « on ne peut bien entendu pas s’intéresser à toutes. Il va falloir définir celles qui menacent directement et concrètement la sécurité de nos Etats membres et de l’Alliance ». Ce qui implique un renforcement de certaines fonctions.

Aide les Etats membres à repérer leurs lacunes

Reste aussi à transformer les forces des Etats membres de l’Alliance « Nous allons travailler d’arrache-pied pour adapter les forces des pays membres. Chaque pays reste bien sûr souverain dans sa propre décision. Mais notre travail sera de mener ensemble les révisions nécessaires. Il y a des lacunes que chacun ne perçoit pas, des duplications non voulues. Le défi maintenant pour l’Otan est de permettre aux Etats membres de repérer les lacunes et de pouvoir, au maximum, partager les moyens ». On connait, en effet, toute la difficulté de l’exercice et la crainte, sous la pression budgétaire, les Etats ne baissent pas la garde sur les mêmes secteurs ou équipements, le ministre Britannique de la Défense avait exprimé ouvertement cette crainte lors du dernier conseil informel des ministres de la Défense de l’UE à Gand (2).

L’idéal serait le partage des moyens, voire la spécialisation. « Le débat est engagé sur ce point. Ce n’est pas à l’OTAN de dire à des pays de se spécialiser. Mais on peut imaginer d’avoir des pays meneurs ». Ce débat est engagé également au niveau de l’Union européenne. Et les deux organisations ont affiché l’esprit de travaille en commun (NB : on verra pour la pratique).

Pas de désengagement américain

Pour le général, cependant, la baisse des budgets de défense « n’est pas un problème pour l’Alliance si la solidarité est maintenue et que l’on effectue la mutualisation nécessaire pour conserver les capacités. Les difficultés budgétaires sont (plutôt) une occasion de faire mieux avec moins. »

Quant au désengagement des Américains d’Europe (comme le craignent certains, cf. les propos d’Alexander Stubb (3), il n’y croit pas. « Jamais les Américains n’ont confirmé cela. La période est plutôt à la consolidation ».

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).