Dernier bilan de la piraterie dans l’Océan indien

Selon un dernier bilan, dressé par le secrétaire général adjoint de l’ONU, devant le Conseil de sécurité, le 4 novembre, il y avait 438 personnes et 20 navires détenus par les pirates, soit près de 100 personnes détenues en plus en moins d’un mois. Des chiffres « effrayants ». Ce malgré une montée en puissance des opérations anti-piraterie. Les pirates prennent « des risques de plus en plus grands et font preuve d’une audace croissante » a-t-il expliqué. NB : au 11 novembre, l’ONG Ecoterra parle de 541 otages et 30 navires étrangers capturés.

Davantage de navires capturés pour les 9 premiers mois de 2010 que l’année précédente

Selon le rapport du secrétaire général de l’ONU, on dénombre 164 attaques contre des navires dans les eaux situées au large de la côte somalienne et 37 captures de navires pendant les neuf premiers mois de 2010, contre respectivement 193 attaques et 33 captures durant la même période de 2009. Mais la situation serait « pire sans la présence des différentes coalitions maritimes internationales au large de la Somalie »

700 suspects incarcérés

Aujourd’hui, « Quelque 700 suspects ou personnes reconnues coupables sont actuellement détenus dans 12 pays, dont la moitié en Somalie même » assure le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), Youri Fedotov.

Sur ce nombre, selon nos sources et la base de données « Pirates » de Bruxelles2 : 267 ont été arrêtés par des forces multinationales (192 par EUNAVFOR Atalanta, 52 par la CTF151 ou CTF150, 23 par l’OTAN) (*). 117 l’ont été par des navires opérant à titre national : 54 par la France, 23 par l’Inde, 20 par la Russie, 12 par les Etats-Unis, 8 par l’Egypte…

Sur ce nombre, 291 pirates ont été jugés et condamnés, 55 ont été acquittés. Ce qui permet d’aboutir à un taux de jugement d’un sur deux (ce qui est honnête).

Plus du double de pirates ont d’ailleurs été appréhendés par les forces multinationales, désarmés, identifiés et libérés ensuite, faute de preuves suffisantes ou de pays d’accueil. Soit un taux de poursuite d’environ 1 sur 3.

Poursuivre les pirates, tâche difficile

« Poursuivre les pirates reste difficile », a d’ailleurs reconnu récemment le secrétaire général dans un rapport publié en octobre. qui cite quatre raisons principales : 1° les « lacunes considérables » du droit interne de nombreux pays en ce qui concerne la piraterie; 2° les difficultés pour enquêter et recourir aux témoins, pour la plupart des gens de mer qui changent régulièrement de navire et d’employeur; 3° la répugnance des États à offrir des possibilités de détention à long terme, même lorsqu’ils se montrent disposés à poursuivre les suspects; enfin 4° l’existence de réseaux internationaux de financement de la piraterie, qu’il faut démanteler.

(*) Notre décompte est légèrement différent des décomptes officiels car 1° nous ne prenons pas en compte le changement de pavillon, permettant à un même navire de procéder à l’arrestation et à la transmission à la justice, sous deux entités juridiquement différentes (cela recouvre, en gros, les pirates remis au Puntland par les forces françaises opérant sous pavillon européen) ; 2° quand des pirates sont transférés au cours d’une arrestation d’un navire à un autre, nous ne prenons en compte qu’une seule force (celle qui a un accord permettant la transmission à la justice).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).