A quoi sert l’Institut d’études sur la sécurité de l’UE, aujourd’hui ?

L’équipe de l’Institut d’études de sécurité de l’UE

Il faut bien se poser cette question. Des quatre entités autonomes de la PeSDC, qui ne figurent pas directement dans l’organigramme du futur service diplomatique (l’Agence européenne de défense, le Centre satellitaire de Torrejon, le Collège européen de sécurité et défense), l’Institut d’études de sécurité – dont le siège est à Paris – est sans doute, aujourd’hui, le maillon faible… N’ayons pas peur des mots. On peut même, aujourd’hui, se poser la question de l’utilité ou de la légitimité d’un tel Institut (1). Et cette question se pose d’autant plus aujourd’hui que la structure des relations extérieures de l’Union européenne connait une (petite) révolution avec la mise en place du Service diplomatique (pour être plus exact, le Service européen d’action extérieure).

Cet Institut – conçu pour être le Think tank de la défense européenne, l’organe de la « critique constructive » (2) – ne fait aujourd’hui plus montre, en effet, d’une efficacité débordante. Ce n’est pas tant une question de quantité : sa production est plutôt assez abondante. Mais ses « papiers » sont très inégaux : parfois intéressants, souvent lénifiants. Quand on les compare à ceux produits par de vrais « think tanks » comme le Chatham House ou l’ECFR britannique, le SWP allemand ou le Grip belge, on est loin, très loin, du compte de l’ambition affichée. Ajouté à cela, une situation interne difficile (avec un renouvellement des chercheurs permanent), vous avez un cocktail défavorable qu’aggrave encore la disparition de l’assemblée de l’UEO, à laquelle l’Institut est géographiquement attaché depuis sa création. L’Institut est, en effet, basé à Paris à coté du palais de Chaillot, dans le même bâtiment que le Conseil économique et social (3).

Il est vrai que le positionnement d’un tel organisme est difficile : être un think-tank suppose une autonomie de pensée et d’affirmation publique qui colle mal avec l’existence d’un organe dépendant totalement d’un organe politique. Il y a là un problème structurel. Dans le même temps, la réflexion et la propagation d’une réflexion sont nécessaires à l’existence d’une politique étrangère européenne. Outre un éventuel changement de la direction de l’Institut se pose donc, de façon cruciale, la question de son dessin stratégique. Si on exclut les deux solutions extrêmes – ne rien changer ou bazarder l’institution – l’avenir de l’Institut se dessine, à mon sens, autour de trois pistes qui ne sont pas exclusives l’une de l’autre et peuvent se combiner au besoin.

  • Intégrer la cellule d’analyse et de prospective du futur service diplomatique. Cette solution aurait l’avantage de la logique politique. Elle aurait un inconvénient, supprimer la possibilité d’une voix alternative. Elle n’apporterait pas vraiment de valeur ajoutée.
  • Devenir un réseau de plusieurs centres de recherche, des universités européennes sélectionnées. Cette solution se construit dans une logique scientifique. Elle aurait l’inconvénient d’un manque de visibilité et d’une dispersion et pourrait n’avoir pas plus d’effet qu’une bonne politique d’appel à propositions pour des études que peut très bien faire un service de prospective et de planning au sein du service diplomatique ou la DG Recherche de la Commission européenne.
  • Intégrer le collège de sécurité et de défense dont il pourrait ainsi constituer l’ossature pédagogique et renforcer la structure administrative (ce collège a un ratio d’efficacité inverse de l’Institut : de faibles moyens mais une bonne efficacité). Cette solution a l’avantage de la logique de construction d’une politique de PeSDC. Elle n’empêcherait pas l’Institut/Collège de produire des documents de réflexion, notamment des « Lessons learned », directement empreintes du terrain.

(1) Créé en 1990 sous l’égide de l’UEO, l’Institut a intégré l’Union européenne en 2001. Il est dirigé par le Portugais Alvaro de Vasconcelos et son conseil d’adminsitration est présidé par le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Cathy Ashton.

(2) D’après sa propre définition, l’Institut « est une agence autonome jouissant d’une totale liberté intellectuelle. Il joue un rôle de think tank en menant des recherches sur les questions de sécurité pertinentes pour l’UE et en offrant une plate-forme pour le débat. En tant qu’agence de l’UE, il effectue également des analyses pour le Conseil de l’Union européenne. »

(3) L’Institut est ainsi avec l’agence de sécurité ferroviaire (à Valenciennes) et l’Office communautaire des variétés végétales (à Angers), l’une des trois implantations, décentralisées, de l’Union européenne en France, sans oublier le Parlement européen (à Strasbourg).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).